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COTE D'OR

[Article mis en ligne le 07-05-2020]

Productions végétales

« L’année de trop »

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Les champs de Côte-d’Or souffrent de plus en plus de la sécheresse.
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Le responsable professionnel estime à près de 150 millions d’euros les futures pertes accumulées par les productions végétales.
Le président de la commission productions végétales de la FDSEA de Côte-d’Or dresse un état des lieux « déplorable » des grandes cultures et s’insurge une fois de plus du manque de soutiens des zones intermédiaires.
« Les agriculteurs sont dépités », déplore Jacques de Loisy, à l’issue d’une récente visioconférence réunissant les différents membres de la commission FDSEA qu’il préside. Le contexte climatique est « intenable » et fait d’énormes dégâts dans le département : « pour nous, c’est tout simplement l’année de trop. Nous estimons à 140, voire 150 millions d’euros, les pertes des productions végétales en 2020 à l’échelle de notre département. Globalement, nous pensons qu’il manquera une moyenne de 600 euros à l’hectare pour les productions de grains, sachant que nous avons environ 200 000 ha cultivés en Côte-d’Or. À cette note déjà extrêmement salée, il faudra ajouter les futures pertes de paille, très probablement énormes elles aussi ». L’exploitant agricole de Hauteville-lès-Dijon rappelle ici les péripéties climatiques de la campagne en cours et leurs conséquences : « les difficultés ont commencé l’été dernier avec des levées très compliquées en colza, les conditions étaient ensuite très moyennes dans les terres de plaine avec les fortes précipitations hivernales. Mars et avril : zéro millimètre de pluie ! Les températures sont descendues jusqu’à - 7 °C, le gel a fait du mal dans bon nombre de parcelles… Dans quelques semaines, des orges d’hiver feront 20 q/ha dans certains secteurs, si tout va bien. Les orges de printemps ne partent pas très bien. Pour les blés, c’est assez hétérogène, si tant est qu’il pleuve pour remplir le peu de grains qu’il y aura. La pluie, si elle revient, atténuera le problème dans quelques fonds de vallées et veines de terre, mais la majorité des plateaux et terres sableuses de la plaine seront irrémédiablement impactés, quelles que soient les précipitations dans les semaines à venir ».

Un sujet qui fâche
Jacques de Loisy pointe du doigt l’évolution de la réglementation, et plus particulièrement le retrait de certaines matières actives essentielles à la protection des plantes : « nous sommes pleinement dans le vif du sujet. L’impact de telles décisions gouvernementales se fait cruellement ressentir cette année, que ce soit en colza, en moutarde et même en céréales depuis le retrait du Gaucho. Ces effets sont très significatifs dans un certain nombre de parcelles de blé et d’orge d’hiver ». Pour ne rien arranger, les cours affichent une tendance baissière depuis plusieurs semaines : « tout cela n’augure rien de bon. Le blé diminue lentement mais sûrement, les cours du colza ont perdu 25 % ces derniers mois. La crise actuelle touche aussi les céréaliers, il faut le dire, et cela risque de durer dans le temps. Les boulangers, aujourd’hui, vendent encore un peu de pains mais presque plus de pâtisseries ni de viennoiseries, les consommateurs font attention à leurs dépenses. Il n’y a plus de restauration hors foyer, cela n’aide pas non plus… »

Place aux propositions
Le président de la commission productions végétales attend une « véritable prise de position » de la FNSEA dans le dossier des zones intermédiaires, ainsi qu’un « revirement de position du gouvernement » sur le soutien de ces mêmes zones, aussi bien en termes financiers que de développement : « Christiane Lambert doit nous soutenir dans notre position auprès du ministère de l’Agriculture. En ce qui concerne le Gouvernement, nous avons fait le job ces dernières années, de manière studieuse, en accueillant la mission du CGAAER (Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux). Nous avons expliqué aux nouveaux députés et parlementaires ce que représente l’agriculture dans notre département, nous leur avons présenté les difficultés pédoclimatiques auxquelles nous faisons face au quotidien. Les différentes réformes de la Pac, avec leurs effets dévastateurs pour notre territoire, leur ont été rappelées. Aujourd’hui, la Pac peut être remaniée. Nous attendons toujours, depuis trois ans maintenant, l’application d’Omnibus qui abaisserait le niveau de franchise et augmenterait la partie subventionnable des assurances climatiques. La France refuse d’appliquer ce dispositif, alors que l’Europe le permet depuis trois ans. C’est tout simplement incompréhensible ».

Les aides les plus faibles
Le responsable professionnel côte-d’orien rappelle également que les aides Pac des zones intermédiaires sont les plus faibles de France, alors que leurs contraintes pédoclimatiques sont plus importantes. « C’est aussi dans ces zones que l’on reçoit le moins de soutiens gouvernementaux en termes assurantiels, je vise ici l’État, encore une fois. Les députés fraîchement élus depuis trois ans sont maintenant pleinement au courant de notre situation. Un tas de dossiers sont à traiter. Le retrait des matières actives préalablement citées met en péril le colza dans notre département, il va nous rester seulement 20  000 ha de cultures, alors qu’il y en avait encore 70 000 il y a quelques années. La filière moutarde, il faudra malheureusement falloir l’enterrer si rien ne change. On nous dit souvent de faire autre chose, alors nous semons autre chose, mais c’est extrêmement compliqué dans de telles conditions pédoclimatiques. Le problème ne vient pas de nos rotations blé-orge-colza comme certains peuvent le laisser penser. En effet, du colza, nous n’en avons presque plus et les difficultés sont encore bel et bien là ! Pour d’autres projets agricoles, comme le stockage de l’eau ou la mise en route de méthaniseurs, il y a toujours une association ou un riverain qui n’est pas d’accord. La loi sur l’eau nous empêche aussi de mener à bien certains dossiers ».
La filière céréalière attire l’attention de la filière animale utilisatrice de paille via le Bureau Commun des Pailles et des Fourrages sur la situation de sécheresse qui pénalise le potentiel de récolte de paille 2020 mais surtout sur les stocks existants dans des régions proches de BFC. « Merci à tous de ne pas attendre, la FDSEA et la Chambre sont à votre écoute ».

Aurélien Genest

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Une petite virée à Paris ?

Jacques de Loisy considère que la crise du coronavirus « étouffe » la problématique des agriculteurs de Côte-d’Or : « quelque part, nous nous disons que cette situation arrange bien Paris car en ce moment, on parle beaucoup moins d’agriculture. Des milliards d’euros sont déversés depuis plusieurs semaines pour tout le monde, sauf pour les agriculteurs des zones intermédiaires… Tout le monde doit prendre conscience de nos difficultés, aussi bien dans notre propre département qu’au niveau national. La crise sanitaire et économique va peser sur les cours des céréales. Avec la sécheresse, la Pac, les réglementations environnementales et le non-soutien des zones intermédiaires, cela fait beaucoup trop. Nous n’excluons pas de nous rendre prochainement à Paris pour faire remonter nos revendications. Rien ne va plus pour les producteurs céréaliers de ce département »

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