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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 30-04-2020]

Banque

Le Crédit Agricole, entre « monde d’avant » et expertise de la crise

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Jacques Kermarrec, (à gauche), directeur général du Crédit Agricole Champagne - Bourgogne, et Jean-Yves Remillet, président de la caisse régionale.
Jean-Yves Remillet, président du Crédit Agricole Champagne - Bourgogne, et Jacques Kermarrec, son directeur général, reviennent sur l’année 2019 et sur la manière dont la banque répond à la situation économique bouleversée par la pandémie de Covid-19.
- Programmée le 24 mars, l’assemblée générale de la caisse régionale du Crédit Agricole Champagne - Bourgogne a logiquement été annulée, en accord avec les contraintes du confinement. Vous avez néanmoins pu tenir une assemblée en comité restreint le 10 avril. Quel bilan tirez-vous de l’année 2019 ?
- Jacques Kermarrec : «2019 aura été une année très satisfaisante. On a envie de dire qu’elle appartient au « monde d’avant » tant les choses ont été bouleversées depuis ! Nous avons capté plus de 26 000 nouveaux clients, nos encours d’épargne ont progressé de 4,5 % (à 18,1 milliards d’euros), ceux de crédit, de 5 % (à 11,2 milliards d’euros). Ceux liés à l’assurance et à la prévoyance sont en augmentation de 4 %. 2019 aura aussi été pour nous une année exceptionnelle en matière d’immobilier avec plus de 1,2 milliard de nouveaux crédits alloués. Il faut, par ailleurs prendre en compte les 900 millions d’euros de crédits attribués aux entreprises, professionnels, collectivités, et aux agriculteurs. Notre produit net bancaire (différence entre les produits et les charges d’exploitation bancaires), sur l’année écoulée, a été en croissance de 1,6 % par rapport à 2018, s’établissant à 342,9 millions d’euros. Quant au résultat net, il est de 90,8 millions d’euros. Ces résultats, je pense, s’expliquent à la fois par notre taille mais aussi notre hyperproximité avec la clientèle».

- Sur le secteur agricole, l’année 2019 a-t-elle été marquée par des faits notables ?
- Jean-Yves Remillet : «On peut constater que 2019 a été marquée par une belle progression des encours agricoles, avec, notamment, un très grand dynamisme constaté sur les énergies renouvelables, en particulier, pour des projets de méthanisation, ou de photovoltaïque. Pratiquement 10 % de notre encours agricole va être dédié à ces énergies renouvelables. Les projets de méthanisation sont de gros consommateurs de capitaux, mais ils connaissent une progression très forte. On assiste à un véritable décollage. Nous avons alloué 200 millions d’euros de crédits pour des projets de ce type.»
- J.K. : «En guise d’indication supplémentaire, il faut noter que, sur notre zone, en 2019, nous avons réalisé 2,3 milliards de nouveaux crédits. Le secteur des énergies renouvelables représente donc quasiment 10 % de ce total. C’est aussi à comparer au 1,2 milliard de nouveaux crédits attribués pour l’habitat aux particuliers.»

- Vous parliez du « monde d’avant » et de fait, votre contexte de travail a considérablement changé en quelques semaines. Vous avez dû adapter le fonctionnement d’une entreprise qui compte plus de 1 800 salariés. Avez-vous également détecté des besoins particuliers émanant de votre clientèle agricole ?
- J.K. : «Il a fallu s’organiser en un temps record pour continuer à effectuer nos tâches tout en assurant la sécurité de nos collaborateurs et celle des clients, même si les visites ont été limitées par le confinement. Nous avons maintenu ouvertes environ les deux tiers de nos 150 agences, en respectant des conditions de sécurité. Nous sommes parvenus, en quelques jours, à proposer à 500 de nos salariés de fonctionner en télétravail. Nous avons ainsi pu mettre en place les mesures d’accompagnement proposées par l’État (reports d’échéances crédits) et la mise en œuvre du Prêt garanti par l’État (PGE). Les agriculteurs qui font du commerce, et en particulier les viticulteurs, sont intéressés par ces formules d’accompagnement.»
- J-Y.R. : «Les premiers touchés, c’est effectivement la viticulture. Certes, dans plusieurs secteurs agricoles, l’instauration de drives fermiers a été bénéfique, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Des filières très qualitatives telles que les fromages AOP comme l’époisses, se sont trouvées à l’arrêt très rapidement. Les horticulteurs et pépiniéristes sont confrontés à des difficultés très sévères. Quand on revient sur nos grandes filières de production, en Champagne et Bourgogne, on voit que la filière laitière est ébranlée, avec des demandes de baisse de production. Pour la viande rien n’est simple non plus et les marchés se sont orientés différemment. On constate, en ce moment, une forte consommation de steaks hachés qui viennent d’arrières mal valorisés, et cela pour un secteur déjà hyperfragilisé. Quant à la partie céréales, il est encore trop tôt. Les prix restent positifs mais la crise actuelle a rajouté un degré de risque très important.»

- Sur votre zone, quels sont aujourd’hui les montants de PGE accordés ?
- J.K. : «Nous avons à ce jour (24 avril, ndlr), à peu près 300 millions d’euros engagés pour toute l’économie, sur 3 000 dossiers et l’agriculture, y compris l’agroalimentaire, représente environ 20 % de ce total.»
- J-Y.R. : «Sur l’agriculture, ce qui fait qu’il y aura sans doute moins de PGE que pour d’autres secteurs de l’économie, c’est que, au regard des récentes crises que l’agriculture a pu traverser, nous avons développé beaucoup de prêts modulables qui permettent de stopper des échéances pendant un moment. C’est pourquoi nous avons pu très vite nous adapter à la situation actuelle.»

- Peut-on dire que vous avez pu tirer des enseignements de la crise de 2008 qui vous sont utiles aujourd’hui pour affronter la situation ?
- J-Y.R. : «Il est vrai qu’après les crises de 2008 et 2011, nous avons beaucoup augmenté nos fonds propres, en vertu des nouvelles règles qui se sont imposées. Nous sommes une caisse régionale qui a toujours eu une gestion extrêmement prudente et qui a donc une grande capacité à résister. Cela nous permet aujourd’hui d’accompagner notre économie plus facilement que d’autres.»
- J.K. : «Il est vrai que, tous les ans, il se passe quelque chose sur l’agriculture, et nous avons développé des réponses et une certaine expertise pour faire face à ces crises. Je suis directeur général depuis 2012 et, chaque année, nous avons eu à mettre en place des mesures d’accompagnement sur au moins un secteur agricole. Nous avons, sur ce point, la capacité à être prêts avant d’autres.»

- Dans le prolongement de vos propos, je voudrais aborder la décision, prise le 16 avril, par le Crédit Agricole, mais aussi par le CIC et le Crédit Mutuel, d’indemniser les pertes d’exploitation. 200 millions d’euros sont mobilisés. Avez-vous une vision du nombre d’entreprises, agricoles ou autres, qui pourraient être concernées sur votre zone ?
- J.K. : «Il est vrai qu’il s’agira essentiellement de commerçants, d’artisans, de quelques professions libérales, mais il pourrait aussi y avoir quelques agriculteurs.D’après nos calculs récents, cela concernerait environ 500 bénéficiaires potentiels».

Propos recueillis par Berty Robert

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