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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 13-02-2020]

Congrès

La FNB exhorte la filière bovine à s’organiser

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Par le biais d’une Association d’organisations de producteurs, la filière bovine française pourrait enfin faire entendre une voix plus unitaire.
Lors de son congrès à Anse (Rhône), un consensus a émergé autour du projet de structuration porté par la FNB. D’abord centré sur le Label rouge, ce projet d’AOP vise à regrouper l’offre pour gagner de la valeur. Un chantier titanesque pour une filière minée par la concurrence entre metteurs en marché.
« Changer de logiciel », et vite. Tel était le mot d’ordre martelé lors du congrès de la FNB (éleveurs de bovins viande), les 5 et 6 février à Anse, dans le Rhône. La branche bovine de la FNSEA s’est lancée dans un projet ambitieux : structurer la filière autour d’une Association d’organisations de producteurs (AOP). Le but ? Aller chercher de la valeur en organisant l’offre en amont. Un chantier titanesque dans une filière bovine en proie au marasme économique et réputée pour son manque d’organisation. Pourtant, lors du congrès, les discussions – parfois viriles – ont fait émerger un consensus. L’initiative de la FNB a ainsi reçu le soutien de Didier Guillaume. Le ministre de l’Agriculture était venu clore les travaux en s’engageant à « organiser une réunion au ministère sur ce sujet après le Salon ». L’AOP « est une solution simple qui peut générer de la valeur et qui a le mérite de fédérer et de mutualiser les moyens », a défendu Bruno Dufayet, président de la FNB. Autre argument largement répété : l’AOP se superposerait aux structures existantes, sans les supprimer. Par exemple, la fédération Elvéa (créée par la FNB et regroupant une trentaine d’OP non commerciales) joue en partie un rôle similaire. « Nos adhérents vont se positionner pour créer une AOP », a d’ailleurs indiqué son président Philippe Auger lors du congrès. Et de préciser : « Si par la suite il y a deux AOP, nous pourrons discuter ».

« L’AOP va vendre du contrat »
Dans un premier temps, l’AOP voulue par la FNB pourrait « regrouper tous les opérateurs qui font du Label rouge », explique Emmanuel Bernard, vice-président de la FNB, à Agra Presse. L’interprofession a misé gros sur ce segment de marché en fixant dans son plan de filière l’objectif de 40 % de la production sous label en 2023 (contre 3 % en 2017). La contractualisation y a été récemment rendue obligatoire (accord interprofessionnel du 22 mai 2019, étendu le 10 décembre). Concrètement, « l’AOP va vendre du contrat», résume Emmanuel Bernard. «Les OP feront l’inventaire et l’AOP permettra de discuter calendrier, planification. » Ce regroupement de l’offre vise notamment à freiner la concurrence interne qui mine la filière depuis des années. « Les relations sont terribles », résume Emmanuel Bernard. Égalim ou pas, 2020 ne fait pas exception à la règle : «Une grosse coopérative de l’Ouest a baissé ses tarifs de 80 centimes le kilo pour remporter un marché face à une autre OP, déplore un responsable professionnel. Pourtant, le distributeur, Carrefour, n’avait rien demandé !» Un contexte qui explique pourquoi la coopération – bien que favorable au projet d’AOP - a été particulièrement chahutée par les éleveurs présents à Anse… Quoi qu’il en soit, les coopératives seront un acteur incontournable de la future AOP, car «elles font 70 % des volumes de Label rouge au niveau national», rappelle Bruno Colin, président du pôle animal de la Coopération agricole (ex-Coop de France).

Se regarder en chiens de faïence
Pour s’imposer, l’AOP va sûrement devoir franchir une barrière sur laquelle les OP butent jusqu’à présent : la formalisation des relations commerciales avec l’aval. «Je vais envoyer une note à nos adhérents pour qu’ils proposent des contrats tenant compte des coûts de production et qu’ils envoient une proposition à leurs clients», a lancé le représentant des coopératives dans une tentative d’apaiser une salle remontée. Alors qu’il reste moins d’un mois pour boucler les négociations commerciales, aucune proposition de vente n’aurait été envoyée aux acheteurs en filière bovine. Une étape pourtant indispensable à l’activation de la clause de prix abusivement bas, prévue par la loi Égalim. Les acteurs rencontrés au congrès décrivent des metteurs en marché qui se regardent en chiens de faïence, personne n’osant dégainer le premier. Le même risque pèse sur le projet d’AOP. «Certaines OP de petite taille ne se sentent pas assez solides et ont peur de subir la pression de la concurrence, explique Bruno Dufayet. Et quelle que soit leur taille, elles ont peur d’être seules, de prendre le risque d’être la première». «La FNB saura les accompagner», rassure-t-il. Le consensus autour du projet de la FNB semble reposer sur un constat partagé : il y a urgence, car la filière bovine est au bord du gouffre. « En 2018, le revenu moyen des éleveurs était de 13 800 euros par an», rappelle M. Dufayet. Et pour 2019, il est encore attendu en baisse de 20 %. « Sur cette somme, les aides couplées de la Pac représentent 8 000 euros, symptôme d’une filière sous  perfusion », alerte Aurélien Clavel, vice-président des Jeunes Agriculteurs (JA). Prix au ras des pâquerettes et sécheresses à répétition ont provoqué une décapitalisation historique : le cheptel allaitant a perdu 183 000 têtes entre 2016 et 2019, selon l’Idele.

Dernière chance ?
«Tout peut s’écrouler comme un château de cartes », prévient l’ancien président de la FNB, Jean-Pierre Fleury. Pour cet éleveur côte-d’orien, la filière est dans la même situation que « la viticulture il y a 30 ans » : « Le volume, c’est fini. » Des craintes naissent sur l’approvisionnement des abattoirs et sur le développement des importations, qui occuperaient la place laissée vacante par la viande française.
« Bigard a besoin de maintenir des élevages autour de ses abattoirs, car ils ne seraient pas compétitifs en fonctionnant avec des animaux importés vifs », explique Guillaume Gauthier, élu national de la FNB et des JA. « Je ne vois pas pourquoi on s’opposerait au projet d’AOP», a d’ailleurs réagi Dominique Guineheux, représentant de Bigard au congrès. «Nous n’avons pas à nous immiscer sur le dossier amont. » L’AOP serait-elle la dernière chance de la filière bovine ? Oui, à en croire Didier Guillaume, qui ne rate pas une occasion d’exhorter la profession à s’organiser : «Si nous ne bougeons pas, on va dans le mur».

Yannick Groult

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Après l’AOP, vers une structuration plus large ?

Dans l’esprit des responsables professionnels, l’AOP pourrait servir de première pierre pour pousser plus loin la structuration de la filière bovine. «Il faut aller au-delà du Label rouge, c’est toute la production que nous devons organiser», a insisté Clément Traineau, des Jeunes Agriculteurs du Maine-et-Loire, invité à témoigner le 6 février au congrès de la FNB. Le vice-président de la FNB, Emmanuel Bernard, a pris l’exemple de la filière broutards, où «quatre opérateurs français font une grosse partie du marché». «L’enjeu, c’est que les quatre ne fassent plus qu’un, la réglementation le permet», a-t-il assuré. «Quand on va voir les Italiens, on sait qu’ils vont nous mettre en concurrence, parlons-nous ! », a abondé Bruno Dufayet, président de la FNB. Une Association d’organisations de producteurs (AOP) pourrait aussi permettre à la filière d’émarger aux programmes opérationnels de la Pac et de prétendre à des aides à l’investissement. C’est la direction prise par le secteur porcin, qui attend que les pouvoirs publics valident leur propre projet d’AOP. «C’est trop tôt dans notre filière, relativise Bruno Dufayet. Pour le moment, on a un vrai sujet sur l’organisation de la production, commençons par bâtir le regroupement de l’offre».

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