Abonnement Nous Contacter Participer Petites annonces Publications légales Extranet

BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 06-02-2020]

Interview

«Après le Brexit, on va devoir faire preuve de la plus grand pruduence»

photo article
Pour Jean-Pierre Fleury, le Brexit ramène au premier plan les questions liées à l’origine des viandes et aux contrôles aux frontières.
Le Côte-d’orien Jean-Pierre Fleury, président des producteurs de viande au Comité des organisations professionnelles agricoles - Comité général de la coopération agricole de l’Union européenne (Copa-Cogeca), revient sur les suites possibles du Brexit et les négociations concernant la future Pac.
- Alors que le Brexit est maintenant une réalité, comment voyez-vous la suite des évènements ?
Jean-Pierre Fleury : «Nous avons eu, fin janvier, une réunion à Bruxelles au cours de laquelle nous avons auditionné les équipes de Michel Barnier et les négociateurs britanniques, pour la première fois depuis l’accession de Boris Johnson au poste de Premier ministre. On a senti un ton très différent de celui qui prévalait ces deux dernières années. Pour la première fois, nous avions en face de nous des gens avec une stratégie. Depuis le 31 janvier à minuit, les Britanniques ne sont plus là. Les deux parties vont devoir se mettre d’accord au cours de ce mois de février sur la manière de mener la négociation qui doit démarrer officiellement le 1er mars. Michel Barnier doit faire valider sa feuille de route par le Conseil et le Parlement européen afin d’avoir une position solide. Le timing va être court, la date limite étant fixée au 31 décembre 2020, vote des deux Chambres du parlement britannique, vote du Parlement européen et approbation du Conseil européen compris! Cela signifie que les négociations devront être terminées au 1er décembre. L’échéance du 31 sera-t-elle repoussée ? Il est trop tôt pour le dire, mais je pense que les Britanniques n’ont pas du tout envie de prolonger et que, Boris Jonhson étant un fin stratège, on devra faire preuve de la plus grande prudence. J’ai le sentiment qu’aujourd’hui, il est en position de force. Côté britannique, c’est très clair : ils ne veulent pas d’union douanière, pas de contingent, pas de droits de douane, plus de Cour de Justice européenne ni de zone de libre-échange. La Commission européenne va donc négocier un accord de libre-échange, comme l’UE en négocie avec n’importe quel pays d’un autre continent, à cette différence près que là, on va négocier dans le cadre de la sortie d’un pays de l’UE. C’est une situation inédite, sous l’œil de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Si aucun accord n’est conclu avant le 1er décembre, on entrera alors dans les règles de négociation de l’OMC».

- Les producteurs de viande bovine français ont-ils des raisons de s’inquiéter ?
JPF : «Si les deux parties se mettent d’accord sur le principe d’absence de contingent et de droits de douane, les 250 000 tonnes annuelles de viande bovine irlandaise pourront continuer à aller sur le marché du Royaume-Uni. On pourrait donc se dire que rien ne change, mais il ne faut pas oublier que des discussions vont s’ouvrir, en parallèle, avec les États-Unis, là encore sur du libre-échange. De plus, rien n’empêchera le Premier ministre britannique de négocier un accord du même type avec le Mercosur (marché commun qui regroupe plusieurs pays d’Amérique du Sud NDLR), ou avec des pays du Commonwealth tels que l’Australie ou la Nouvelle-Zélande. Si les Britanniques parviennent à des accords avec tous ces pays, cela signifie que la viande bovine européenne sera mise en concurrence avec le reste du monde. Une union douanière ne permettrait pas cela, mais un accord de libre-échange, si. L’UE ne maîtrise pas ce que le Royaume-Uni va faire dans ce contexte. Il va falloir prendre à bras-le-corps le sujet des règles d’origine d’une viande. Prenons ce qu’on nomme le commerce triangulaire : dans le cadre d’un accord de libre-échange, de la viande américaine arrive au Royaume-Uni où elle est transformée, par exemple, sous forme de plats préparés, puis envoyée sur le continent européen : elle devient une viande d’origine britannique. Sur cette question, les négociateurs britanniques ne nous ont pas donnés de réponse. La Commission va devoir réviser son fonctionnement sur ces règles d’origine et nous comptons porter cette revendication au Parlement européen».

- Va-t-on pouvoir conserver le même niveau de contrôle sur les produits entrant sur le marché européen ?
JPF : «Les Britanniques se sont engagés à respecter les normes européennes en matière sanitaire, environnementale, ou de bien-être animal. Ils ont compris que c’était indispensable s’ils voulaient continuer d’accéder au marché européen. On veut bien les croire mais nous sommes dubitatifs lorsqu’on voit comment le reste du monde respecte les règles de l’UE. Enfin, on sait aujourd’hui que la frontière ne sera pas rétablie entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande et que des opérateurs d’Irlande du Nord (donc des Britanniques) qui enverraient des produits sur le continent européen, via la République d’Irlande ne devraient fonctionner que selon un principe déclaratif… Ça promet, en termes de contrôles ! Et la France va se retrouver en première ligne, retrouvant depuis longtemps une vraie frontière avec l’un de ses voisins».

- Où en est-on sur la Pac ?
JPF : «C’est une sorte d’entre-deux : la feuille de route définie par l’ex-commissaire européen à l’Agriculture, l’Irlandais Phil Hogan, est toujours sur la table. En décembre, son successeur, le Polonais Janusz Wojciechowski, semblait devoir rester dans l’esprit du texte original. Il faut toutefois compter avec l’écueil du Parlement européen, le ressenti des ministres de l’Agriculture et le sujet du budget, géré par le Conseil des chefs d’État. Nous faisons très attention à ce qui se passe. Actuellement, les ministres sont dans la gesticulation, laissant croire que rien ne leur convient, mais nous savons aussi que d’importantes discussions sont en cours entre l’administration de la Direction générale de l’agriculture et celle des États membres, notamment pour la construction des plans stratégiques. Pour l’instant l’UE n’a même pas de budget pour 2021. Günther Oettinger, l’ex-commissaire européen au Budget, avait proposé que la Pac représente 1,4 % du Produit intérieur brut (PIB) de chaque État membre, alors qu’on en était à 1,14 %. Les Allemands sont arc-boutés sur 1 %. La Finlande, qui assurait la présidence du Conseil de l’UE jusqu’à fin décembre, avait proposé 1,07 %. Cinq pays de l’Union ont estimé que cela faisait trop et les autres ont considéré que ce n’était pas assez. Aujourd’hui, l’écart entre les positions de la France et celles de l’Allemagne sur le budget est très important. La Croatie, qui a succédé à la Finlande va devoir gérer de gros dossiers : le Brexit, le budget européen, la Pac… Une véritable avalanche, avec des chefs d’États qui n’en font qu’à leur tête ! Je suis très pessimiste sur le fait que le budget européen soit calé sous cette présidence. Cette question sera plutôt réglée sous la présidence suivante, à partir du mois de juin, assurée par… l’Allemagne. Quoi qu’il en soit, il faudra un budget pour l’UE au 1er janvier 2021».

- Dès lors, que peut-il se passer dans les mois qui viennent ?
JPF : «Je crains qu’on «colle» le poids financier du départ des Britanniques sur la Pac plutôt que sur d’autres budgets. Au niveau du Parlement européen, on est dans un contexte de bataille de groupes politiques post-élections. Il faut aussi compter avec le Green deal (Pacte vert destiné à faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre d’ici à 2050 NDLR) et je crains que l’agriculture en soit le laboratoire. Entre la commission Agriculture présidée par un Allemand et la commission Environnement aux mains de l’écologiste français Pascal Canfin, un accord est à l’œuvre pour réouvrir les discussions sur certains articles de la Pac, notamment celui des prairies qui n’est pas anodin chez nous. Cela va prendre encore du temps, en parallèle de la préparation du budget. Je ne vois pas la Pac se cristalliser à Bruxelles tant qu’on n’aura pas de connaissance sur le budget de l’UE. On se dirige vers une période de transition de deux ans, avec une Pac qui, au mieux, s’appliquera au 1er janvier 2023. Sauf si le budget de la Pac est à la baisse: là elle s’appliquera dès le 1er janvier 2021. Il y a un vrai risque d’une baisse des aides actuelles avant 2023 et la nouvelle Pac».

Propos Recueillis par Berty Robert

votre publicité
photo article

Coopératives - Pour Dijon Céréales, c’est déjà « Demain »

[En ligne le 24-09-2020]

photo article

Viande - Face aux exigences du marché, savoir faire de la dentelle...

[En ligne le 09-09-2020]

photo article

Partenariat - Pour que chasse et randonnée se connaissent mieux

[En ligne le 09-09-2020]

RECHERCHE

ÉDITION N°1597

La une

LIENS EXTERNES

METEO

PUBLICITE

votre publicité

NEWSLETTER

Inscrivez vous à la Newsletter pour être toujours informé

Réseaux