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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 09-01-2020]

30 ans Terres de Bourgogne

Les souvenirs sont intacts

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Philippe Guillien est désormais à la retraite.
À l’occasion de son 30ème anniversaire, Terres de Bourgogne sort les archives et retrace les moments forts de l’année 1990. Nous sommes allés à la rencontre de Philippe Guillien, président des JA 58 à l’époque et aujourd’hui à la retraite. Il n’a rien oublié des évènements marquant de l’agriculture à cette époque. Entretien
- Terres de Bourgogne : «Quel était le contexte géopolitique et économique de l’époque ?»
Philippe Guillien : «1990 est d’abord marqué pour moi par la crise des bovins. Il faut rappeler que le mur de Berlin tombe un an avant et qu’il y a vraiment eu pour nous, éleveurs, un avant et un après. C’est à cette époque que la France a choisit d’importer massivement de la viande en provenance de Pologne. Pourtant la viande ne s’était jamais aussi bien vendue que dans les années 90. A titre d’exemple, un Taurillon maigre de 500kg était vendu 9000 francs soit environ 1300 euros. Il y avait une quasi absence de prix mais la vague d’importation a fait chuter les cours. Cette situation nous a poussé à descendre dans la rue. En 1991, 10 000 personnes représentant le bassin allaitant de la Nièvre ont manifesté pour faire cesser les importations».

- Terres de Bourgogne : «Les années 90 sont marquées également par une évolution de la mécanisation. Quel souvenir en avez-vous gardé ?»
PG : «Ce n’était pas une évolution mais une révolution. Je pense notamment à l’apparition de presses à balle ronde qui ont permis de nourrir correctement nos animaux. Il faut se souvenir qu’à cette époque, nos outils ne nous permettaient pas de faire du fourrage en quantité suffisante. Je faisais partie d’un groupe de la Chambre d’agriculture appelé «Éleveurs Bovins Demain» dans lequel il était préconisé de réserver un tiers de sa surface fauchée pour l’hiver. L’arrivée de la balle ronde a donc permis d’atteindre cet objectif. Nous ne parlions pas encore d’enrubannage et les pailleuses ne sont arrivées que cinq à six ans après. L’autre évolution notable, c’est l’arrivée des stabulations à la place des étables entravées. Entre 90 et 96, j’ai construit 4 000 m2 de bâtiment ce qui m’a apporté du confort pour mes animaux et mon travail. Car la reproduction à ce moment là ce faisait entre mai et juin et les vêlages de mars à mai, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Globalement sur trente ans, nous avons compensé par la hausse de la productivité. En 1990, il me fallait deux ans pour qu’une bête atteigne 450kg, aujourd’hui, il faut dix mois en moyenne. La SAU a également évolué : je suis passé de 80 vaches pour 140ha en 1991 à mon installation et j’ai fini avec 200 vaches et 270ha».

- Terres de Bourgogne : «La décennie 90 est marquée aussi par l’apparition de la Pac et des premiers problèmes sanitaires. Que vous inspirent ces deux moments ?»
PG : «Le principe de la première PAC de 92 était d’aligner les prix des céréales sur le cours mondial et compenser la baisse par une prime. Nous avons obtenu une compensation sur le prix de l’herbe mais pas sur ceux des bovins qui ont chuté. Concernant la crise de la vache folle, ce fut une catastrophe pour les éleveurs. Nous avons pu assister à la toute première campagne de désinformation journalistique. L’emballement médiatique a été tellement important qu’il a engendré la chute totale de la consommation de viande sur l’ensemble de la filière. Or je rappelle qu’aucune charolaise n’est morte durant cette période. Néanmoins un taurillon d’herbe qui se vendait avant la crise 7500 francs se vendait ensuite 4500 francs. Cette crise a connu une rechute entre 1999 et 2000 mais uniquement sur le troupeau laitier. Nous avons connu également au cours de ces 30 ans, la fièvre aphteuse en l’an 2000 et la FCO en 2007 et 2018. Il y a 30 ans, j’entendais qu’il fallait deux semaines pour perdre 100 à 200 euros sur les cours, et deux ans pour les récupérer. Cette formule est encore d’actualité».

- Terres de Bourgogne : «Avez-vous d’autres souvenirs ou anecdotes durant ces trente dernières années ?»
PG : «Oui j’en ai un en particulier qui est le marché aux bestiaux de Corbigny qui a vu le jour en Avril 1991. Il a été transformé en marché au cadran en août 1999. Je fus président en 1994. Sur le plan sociétal, je pense aussi au statut de la femme en exploitation qui devient officiellement en 1992 conjointe collaboratrice. Ce statut a permis aux épouses d’agriculteurs de rentrer dans les GAEC qui à l’époque étaient constitués de trois personnes contre deux aujourd’hui. C’est également durant cette période que le parcours d’installation est réformé avec l’instauration du stage de 6 mois. Enfin, il faut signaler un acquis qui est à mettre au profit des nivernais c’est la négociation de la prime à l’herbe. Cette dernière permettait d’avoir deux plafonds : 1,4UBG/ha et 100ha primable. Nous avions négocié cela à l’époque pour la France avec le Premier ministre Pierre Beregovoy».

- Terres de Bourgogne : «Un dernier mot avant de conclure ?»
PG : «Malheureusement, je constate que les années passent et que les sujets de préoccupations sont toujours les mêmes : niveau des prix insuffisants, accord commerciaux qui assurent une concurrence déloyale, en témoigne le Mercosur et le CETA, ou encore des normes de plus en plus insupportables. Face à cela, nous avons toujours les mêmes discours, ça devient démoralisant».

Théophile Mercier

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