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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 28-11-2019]

Sylviculture

Comment gérer la crise des scolytes ?

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Carte en main, l’un des techniciens de la coopérative CFBL présente les zones définies grâce à l’étude pédologique.
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Arnaud de Montlivaut, le propriétaire de la forêt de Chabet, a accueilli cette matinée technique.
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Exemple de potet développé par la coopérative CFBL. C’est dans ces trous que seront replantées les essences choisies par le propriétaire.
La coopérative CFBL a organisé une matinée technique à Azy-le-Vif sur le thème de la gestion des scolytes. L’objectif était de présenter un protocole de reboisement précis sur une parcelle impactée de la forêt de Chabet.
Comme nous en parlions dans l’édition 1552 du 8 novembre, le scolyte menace depuis plusieurs années les forêts de l’Est de la France et s’étend jusqu’en Bourgogne Franche-Comté. C’est le cas également dans la Nièvre et plus particulièrement dans la forêt domaniale de Chabet, propriété d’Arnaud de Montlivaut. Ce dernier est à la tête d’un domaine forestier de 595 hectares principalement constitué d’épicéas et de douglas. En 2018, la crise des scolytes étant trop importante sur exploitation, le propriétaire a dû prendre une décision «douloureuse» et se résigner à couper la totalité des épicéas touchés, soit environ 80 ha. Ce dernier a donc fait appel à la coopérative CFBL qui a déposé une demande de coupe auprès du CNPF (Centre national de la propriété forestière). La réactivité de l’ensemble de ces acteurs a permis au propriétaire de valoriser 18 500 m3 dont 62 % ont été vendus en sciage (charpente/fermette/bardage…), 19 % en emballage et 19 % en trituration (panneau, papier, granulé). «Ce qui est important à souligner, c’est que j’ai pu valoriser correctement mes bois avant que le marché ne se dégrade» a précisé le propriétaire forestier. «Les bois ont été commercialisés auprès d’une quinzaine de clients de la coopérative dont une dizaine dans la Nièvre et les départements limitrophes (03/18/45/71). Seul 6,5 % du volume a été expédié au-delà de ces départements et 2,3 % en export» explique à son tour Sylvain Loriot, responsable de l’agence CFBL de Nevers. Aujourd’hui, il faut donc replanter les 80 hectares qui sont en friches.

Comment renouveler la forêt ?
L’enjeu après cette récolte est de replanter rapidement avec des essences adaptées au sol et ce, dans un contexte de changement climatique, mais aussi d’un plan de gestion qui arrive cette année à expiration. La coopérative CFBL a donc mené une étude cartographique et pédologique. 5 000 photos réalisées à l’aide d’un drone, ont permis d’obtenir une orthophoto (un inventaire) très précise de la zone à replanter. Cet outil a fait gagner un temps précieux aux techniciens dans la campagne de repeuplement. Trois zones principales ont été définies à la suite de l’étude pédologique : zone saine, zone humide et zone intermédiaire à faible profondeur d’argile. Un travail d’harmonisation a par ailleurs été réalisé pour enlever les micro zones non identifiables sur le terrain et rendre la mission des équipes sylvicoles plus simple. À partir de ces éléments, l’outil Bio clim sol a été utilisé de manière à déterminer les essences adaptées aux conditions de la vie du sol en prenant en compte un réchauffement moyen de la température annuelle de 1 degré. Onze essences ont ainsi été retenues par Arnaud de Montlivaut, le propriétaire. Elles sont réparties de la manière suivante : 50 % de chêne Sessile et 50 % d’essences différentes (sapin de Nordman et de Turquie, Mélèze hybride, Pin taeda, maritime, Laricio ou encore aulne glutineux).

Un protocole très précis
En raison de la zone à replanter, il était inenvisageable de le faire à la main. Des cloisonnements ont donc été ouverts au broyeur tous les neuf mètres d’axe en axe afin d’éliminer les souches et rémanents. Un travail du sol a également été instauré par la coopérative CFBL qui a développé la technique du potets qui favorise l’installation et le développement du plant. Ces potets sont de grandes envergures et mesurent un mètre sur un mètre et leur profile est bombé afin de maintenir le plant hors de l’eau lors des périodes d’engorgement. Les cloisonnements mesurent de 3 à 3,50 m et les lignes de plantations sont espacées de 3 m. Afin d’obtenir une densité finale de l’ordre de 1 200 tiges/ha, le CFBL va réaliser ces potets à un écartement de 2,75 mètres sur la ligne. Ce travail a nécessité pour la coopérative l’achat d’une minipelle dont les équipements ont été développés spécialement pour la zone en question. À savoir : un mini-gyro pour couper la végétation de petit diamètre, un mini-lamier pour dégager la végétation dense et d’un diamètre de 4 à 8 cm et enfin une mini-cisaille pour couper les tiges d’environ 15 cm de diamètre. Ces outils permettent à la coopérative de proposer des solutions d’éco-reboisement des parcelles de leurs adhérents.

Des phénomènes climatiques exceptionnels
Yann Mozziconacci est technicien au CNPF. Pour lui le développement des scolytes est directement lié au stress hydrique généré par les épisodes de sécheresse de 2018 et 2019. «L’année 2018 a renforcé la perception du changement climatique en raison des phénomènes de sécheresse et de canicule intenses subis de fin juin à octobre. 2018 est au 1er rang depuis 60 ans pour l’intensité et la durée du stress hydrique et au 2nd rang des années les plus chaudes, avec un nombre de jours de chaleur supérieur ou égal à 25 degrés deux fois plus important que la normale. Les effets sur la végétation forestière, déjà visible dans le courant de l’été dernier, se renforcent avec une année 2019 exceptionnelle sur le plan des records de chaleur jamais atteint dès le mois de juin et une sécheresse précoce. Cela a entraîné : scolytes sur épicéas, rougissement de douglas et sapin, mortalité de hêtre et de chêne pédonculé. Il est désormais probable que les essences introduites hors de leur aire naturelle sur des stations non favorables disparaîtront à terme en plaine (épicéa et pectiné notamment)» explique le technicien. Cartes à l’appui, il affirme également que le déficit d’humidité depuis le 1er octobre 2019 est de -100 %. Ces fréquences pour les arbres sont de plus en plus insupportables. À tel point que 20 % des chênes de la région ne passeront probablement pas la décennie, selon Yann Mozziconacci. Pour ce dernier, si un propriétaire veut limiter l’impact des maladies sur ses arbres, il a tout intérêt à diversifier ses essences. «Plus le mélange est varié plus c’est profitable pour un domaine forestier. Car il faut savoir que les chenilles se repèrent visuellement. Or si vous avez une parcelle variée, vous réduisez les risques» explique le technicien.

Contact : Richard Lacheze, responsable agence CFBL Sud Bourgogne, 06 80 47 78 16.
richard.lacheze@cfbl.fr

Théophile Mercier

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