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BOURGOGNE

[Article mis en ligne le 31-10-2019]

Communication

«Agri Youtubeurre » ou la réalité agricole en vidéo

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Étienne Fourmont est éleveur laitier dans la Sarthe et «Agri Youtubeurre» depuis 2017. Sur sa chaîne, il présente chaque semaine en vidéo la réalité d’une ferme française. Une communication simple, directe et sans filtre qui a déjà conquis plus de 17 000 abonnés.
- Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?
Étienne Fourmont : «Je suis éleveur laitier dans la Sarthe. Je représente la cinquième génération d’agriculteur dans ma famille. Avant de m’installer, j’ai suivi un parcours classique en lycée agricole avant d’enchaîner par un stage de six mois en Nouvelle-Zélande».

- Comment êtes-vous arrivé sur les réseaux sociaux et sur Youtube ?
E.F : «Je suis très présent sur Twitter depuis 2015. En tant qu’élu Jeunes agriculteurs (JA) national, je parlais beaucoup de syndicalisme. Puis sont apparus des messages anti-élevage de personnes ne connaissant pas l’agriculture. C’est là que j’ai commencé à expliquer mon métier. Mais avec le format de Twitter, les messages étaient trop courts. Cela devenait compliqué de bien communiquer. De là m’est venue l’idée d’utiliser un autre canal dans lequel je pouvais plus facilement faire passer mon message. C’est comme ça que je suis passé tout naturellement à la vidéo en créant ma chaîne Youtube sur laquelle je partage le quotidien de la ferme laitière française».

- À quel public s’adressent vos vidéos ?
E.F : « Environ 80 % de mes abonnés sont issus du monde agricole, majoritairement des jeunes de 15-25 ans. Le reste, c’est le grand public. Dans tous les cas, j’essaie d’expliquer le plus simplement les choses, sans trop rentrer dans la technique. Il faut que ça reste accessible ».

- Même les sujets plus sensibles ?
E.F : « Oui, l’essentiel est de rester simple dans sa communication. Mais c’est vrai que lorsque je parle de l’écornage des veaux, ou de la pollution imputée aux élevages, je travaille plus mon sujet. Dans ce genre de situations, il faut faire attention à ce qu’on dit afin d’être inattaquable derrière ».

- Depuis la création de votre chaîne Youtube en 2017, le nombre de vos abonnés ne cesse d’augmenter et vient de passer le cap des 17 000. Qu’est-ce qui, selon vous, explique ce succès fulgurant ?
E.F : « Je dirais que c’est peut-être parce que je parle seul, dans ma ferme, en tant qu’un simple agriculteur qui veut vivre de son métier, et non pas en tant que syndicaliste dont l’image est souvent associée à des lobbys ou des entreprises. Du coup, il paraît malhonnête aux yeux de beaucoup de personnes. Pourtant, je suis aussi syndicaliste. Mais quand je m’exprime sur ma chaîne, c’est juste en tant qu’Étienne Fourmont, éleveur laitier et citoyen ».

- Vous commencez à avoir une petite notoriété. Est-ce que cela modifie les objectifs que vous vous êtes fixés au départ ?
E.F : « En effet, je sens bien qu’il se passe quelque chose autour de moi. Des médias m’interviewent, etc. Mais la célébrité ne m’intéresse pas du tout. Évidemment, plus mes vidéos génèrent des vues, plus je suis content. Cela veut dire que les messages que je veux faire passer se diffusent davantage. Tant mieux. Ma priorité reste de toute façon mon travail d’éleveur. La chaîne Youtube, c’est une passion. Tant que ça me plaît, je continue ».

- Êtes-vous malgré tout victime de commentaires négatifs ?
E.F : « J’ai quelques commentaires très agressifs, voire violents. Mais cela ne représente qu’un ou deux pourcents des commentaires que je reçois. Honnêtement, cela ne me touche pas du tout. Je pars du principe qu’ils sont ignorants. Et puis c’est largement compensé par les très nombreux commentaires positifs et encourageants que je reçois. Je reçois notamment pas mal de demandes de jeunes qui veulent savoir comment on fait pour devenir agriculteur. Ce genre de messages est une belle source de motivation pour continuer ce que je fais ».

- Est-ce que vous vous êtes formé pour devenir vidéaste sur Youtube ?
E.F : « Déjà, j’ai toujours aimé les montages vidéos. J’en ai fait pas mal pour des anniversaires et des mariages. Après, j’ai regardé beaucoup de vidéos de Youtubeurs célèbres pour voir comment ils filmaient, ils montaient et le rythme. À partir de là, j’ai essayé de m’en inspirer pour les miennes ».

- Mais la plupart de ces vidéos sont scénarisées. Les vôtres aussi du coup ?
E.F : « Quand je filme le travail du jour, je n’écris pas de scénario. Tout est spontané. J’explique ce que je fais comme ça vient. Pour des sujets plus approfondis, je prends le temps de réfléchir à mes angles de vue, à ce que je vais dire et comment. Si je veux être crédible sur des sujets sensibles, c’est essentiel que mon argumentaire soit béton et le plus sourcé possible. Du coup, c’est vrai, cela demande du travail en plus ».

- Y a-t-il des sujets que vous n’avez pas encore abordés que vous souhaiteriez mettre en avant ?
E.F : « Je pars du principe qu’on peut tout montrer. J’aimerais bien par exemple parler des traitements phytosanitaires, du glyphosate… Faire un vrai reportage en somme. Mais cela demande beaucoup de travail de recherche. Il faut être capable de citer ses sources et des études sérieuses pour être crédible ».

- Comment faites-vous pour gérer cette charge en plus en plus de votre métier d’éleveur déjà très prenant ?
E.F : « Disons que les nuits sont courtes ! (rire) Surtout avec le rythme que j’ai pris [N.D.L.R. : il diffuse au minimum une vidéo par semaine]. J’envisage d’embaucher quelqu’un pour travailler sur l’exploitation. Ça va me soulager un peu ».

- Quel (s) conseil (s) donneriez-vous à un agriculteur ou à un viticulteur qui souhaiterait lui aussi communiquer efficacement sur les réseaux sociaux ?
E.F : « Tu as un téléphone qui peut faire des photos et des vidéos, alors utilise-le. Par exemple, fais une photo par jour que tu publies sur Facebook. Explique ce que tu fais, comment tu le fais. Parle de ton métier, et sois factuel. Tout le monde peut faire ça ».

- Même parler face caméra comme vous le faites ?
E.F : « C’est vrai, ce n’est pas facile de se mettre en avant comme je le fais. Il y a des personnes plus timides que d’autres. Tout le monde ne pourra pas faire ce que je fais, ou ne voudra pas. Mais on a la chance d’avoir plusieurs réseaux sociaux complémentaires, avec plusieurs manières de communiquer. Il suffit de choisir celle qui nous convient le plus. L’essentiel est d’être présent d’une manière ou d’une autre ».

- Pourquoi ?
E.F : « Si on ne parle de pas de nous et de ce qu’on fait, qui le fera ? Je pense que le monde agricole en a de plus en plus conscience. Nous sommes dans une période où notre image est mise à mal par les grands médias. En parallèle, il y a un éloignement progressif qui s’est créé entre le monde agricole et les citoyens. Il y a quarante ans, tout le monde avait un membre de sa famille, proche ou moins proche, qui était dans l’agriculture. Cette période est révolue. Il faut que l’on recrée ce lien avec les consommateurs. Et les consommateurs sont sur les réseaux sociaux. Nous n’avons donc pas le choix : il faut y être. Et je suis persuadé que si l’on communique bien, nous avons la capacité d’insuffler un changement d’état d’esprit chez eux comme chez les politiques. Nous devons croire en nous ».

Propos recueillis par Nicolas Bernard

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