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Élevage bovin

Pierre Robin : «Le revenu s’effrite tous les ans»

L’ancien responsable fédéral du canton de Montsauche Pierre Bobin a reçu Fabien Bazin, élu du Conseil départemental et de la Communauté de communes Morvan Sommets et Grands Lacs, sur son exploitation à Ouroux-en-Morvan, jeudi 13 avril.
Par Céline Clément
Pierre Robin : «Le revenu s’effrite tous les ans»
Pierre Bobin reçoit l’élu départemental Fabien Bazin sur son exploitation à Ouroux-en-Morvan (CR Daniel Goberot).
Pierre Bobin est une figure bien connue de la vie syndicale, et s’il a quitté mardi 11 avril ses fonctions de responsable du canton de Montsauche pour transmettre le relais à Eric Boucher, ce n’est pas pour cesser tout engagement. Preuve en est, jeudi 13 avril, il recevait sur son exploitation Fabien Bazin, un élu du Conseil départemental, afin de l’interpeller sur les problématiques que rencontre l’agriculture. Des problématiques qui lui sont bien familières, à commencer par la diminution notable des aides Pac depuis leur refonte en 2015. De 43 240€ en 2014, celles-ci sont passées à 36 831€ en 2016. «Sur une exploitation du même nombre d’hectares, sans aucune modification sur l’activité», précise Pierre Bobin. Ce à quoi devait répondre sans mystère Fabien Bazin : «Tu as perdu et d’autres ont récupéré». Et pourtant, d’après l’agriculteur, ces baisses des aides de la Pac vont de pair avec une détérioration très nette des revenus : «Mon EBE 2015 a diminué de 6 240€ par rapport à 2014. Mon fonds de roulement a diminué de 11 000€ par rapport à 2015 et je suis en fin de carrière. C’est le revenu qui s’effrite tous les ans et depuis une vingtaine d’années on ne refait pas surface. C’est le cancer de l’élevage bovin.»
Une situation délétère qui pourrait toutefois laisser entrevoir quelques solutions. La restauration collective en est une pour Pierre Bobin, qui considère que les éleveurs devraient fournir à 100% les collectivités locales : «le prix ne serait pas plus élevé que la marchandise qui vient de Pologne et cela donnerait un nouveau souffle à l’élevage.» Et quand Fabien Bazin s’interroge sur les capacités des éleveurs à répondre aux commandes, l’agriculteur est catégorique : «C’est faux. Si on nous fait demain une commande de 100, 200 kilos pour l’hôpital de Château-Chinon par exemple, la viande est livrée le jour même.»

Des jeunes en difficulté
Un deuxième volet devait ensuite s’ouvrir, sur la situation des jeunes agriculteurs. «Pour moi qui suis en fin de carrière, cela ne me pose pas trop de problèmes mais pour des jeunes qui viennent de s’installer, c’est dur, très dur parce qu’il y a des remboursements d’emprunts», soulignait également Pierre Bobin. L’agriculteur devait citer l’exemple de Jocelyn Dupont, un jeune de 21 ans qui souhaite s’installer depuis trois ans mais qui pour l’instant, aide son père dans le Morvan avant de trouver un terrain. «Financièrement, c’est compliqué et le métier que nous défendons n’est pas assez rémunérateur pour la somme nécessaire à une installation. Et pendant que les revenus baissent, les charges ne font qu’augmenter. Les tarifs des prestations des vétérinaires ne sont pas en rapport avec la marchandise des paysans. On peut faire l’impasse sur l’engrais une année mais le véto on ne peut pas s’en passer. Cela nous braque les uns contre les autres.» Pour l’agriculteur désormais à la retraite, les combats ne sont pas terminés. Et c’est bien la défense d’une profession qui était à l’ordre du jour jeudi dernier sur son exploitation d’Ouroux-en-Morvan, sur ces terres en pente malmenées par les aléas climatiques. La défense d’une profession en danger. «Un paysan qui travaille fait travailler tout le monde mais quand il ne gagne pas sa vie, il fait mourir tout le monde». Et dans le Morvan le parcellaire morcelé, les pentes et le climat rude rendent le travail encore plus compliqué. Pour Pierre Bobin, les élus devraient prendre en compte ces particularités locales pour une politique qui colle au mieux à la réalité du terrain.