Quinzaine de la transmission
Transmettre: toute une histoire
Départ en retraite, cession, transmission, location, vente... si chaque ferme a son histoire, pour l’exploitant, l’étape de la transmission hors cadre familial est souvent un long chemin où raison et sentiments se mêlent. Zoom sur ce moment-clé avec la Chambre d’agriculture de la Nièvre.
La transmission de son exploitation agricole se prépare ! Ainsi, Michèle et Robert Andriot, à Luzy, ont cédé leur exploitation de 75 vaches allaitantes et d’une centaine d’hectares, ainsi que d’un atelier d’engraissement de veaux de boucherie. «L’exploitation nous a permis de vivre tous les deux. C’était donc important à nos yeux de pouvoir permettre à un couple de s’installer sur la ferme» explique Michèle, venue témoigner lors de la session Chambre d’agriculture le mardi 22 novembre. Le projet du couple a été mûri bien en amont, «5 ans avant de céder, nous avons acheté une maison en centre-ville»; de plus, Michèle et Robert participent aux actions du groupe de travail sur la transmission de la Communauté de communes des Portes sud du Morvan. Ils se renseignent également auprès d’un notaire, de leur expert-comptable et de la MSA. Michèle suit même la formation ‘Inventer sa retraite en toute sérénité’ animée par la Chambre: «cela permet de réfléchir ses choix, d’évoluer, de passer le cap de laisser son exploitation...» explique-t-elle. Le couple fait aussi estimer les bâtiments, les terres, le matériel, puis s’inscrit au RDI (Répertoire Départ Installation) pour être mis en relation avec des candidats repreneurs.
Le couple de cédants fait le choix de garder les terres en propriété et de les louer à Angélique et Vincent, un couple hors cadre familial. «Avec eux, nous nous sommes toujours tout dit, les choses agréables à entendre et celles qui le sont moins, de façon franche. Cela a été important pour construire le lien, la confiance».
Le temps pour accomplir les démarches est variable d’un cas à l’autre, pour une installation aidée, la transmission peut prendre deux ans, trois ans si plusieurs tentatives de repreneurs se succèdent. Cette période de transition s’accompagne parfois d’un peu d’angoisse. «Par exemple, explique Michèle, entre le moment de la signature et l’installation, j’étais dans le doute concernant l’assurance des animaux, j’ai gardé la nôtre jusqu’au dernier moment, ne sachant plus trop qui était propriétaire du troupeau. Et surtout, le dossier est passé en CDOA (Commission Départementale d’Orientation Agricole) le 5 novembre pour une installation prévue le 11; nous n’avions donc aucune certitude quelques jours avant la cession». Même angoisse du délai côté repreneur, où les dossiers, après passage en CDOA, doivent aussi recueillir la validation du Comité Régional de Programmation qui dépend du Conseil Régional... «Ces délais sont longs, car Vincent avait démissionné de son emploi salarié», témoigne Angélique Graillot, la repreneuse.
Tourner la page
«Côté cédant, quand l’envie de transmettre est affirmée, que l’on est prêt dans sa tête, cela facilite les démarches» affirme Carole Simon, conseillère Transmission à la Chambre d’Agriculture. C’est un moment qui peut être chargé émotionnellement, car les agriculteurs sont attachés à leur terre, ils quittent un métier qu’ils aiment, une exploitation qui les a fait vivre, et, parfois, se séparent d’une maison d’habitation dans laquelle leur famille a vécu. «Pour certains, il s’agit aussi de faire le deuil de l’idée que les enfants vont reprendre la ferme...» ajoute Sylvie Simonin, également conseillère Transmission. Il est donc primordial de bien réfléchir, avec tous les associés, avec la famille, aux options qui s’ouvrent: louer ? vendre ? les deux? Il s’agira ensuite de définir le plus précisément possible les conditions de la reprise... Tout en restant capable de faire des concessions; par exemple sur le prix. Avec la conjoncture, les repreneurs essaient de négocier les prix à la baisse, d’autant que les montants à investir sont souvent très importants au regard de la rentabilité escomptée.
Persévérer
«Tant que la date de retraite n’est pas connue, et c’est souvent le cas, il est difficile pour des cédants d’enclencher une démarche de transmission» constate Carole.
Difficile aussi de se projeter avec un repreneur tant que l’on n’est pas sûr de la viabilité du projet de reprise; «dans ces cas-là un accord écrit de la banque du repreneur rassure beaucoup les cédants» précise Sylvie. Il faut dire que le mariage ne se fait pas forcément du premier coup, avec le premier repreneur. Les raisons sont nombreuses: le projet du repreneur n’est pas financé, le courant ne passe pas... «Il ne faut alors pas se laisser décourager, explique Carole, il faut persévérer». De même, les offres de remplacement d’associés peinent à trouver des candidats: bien qu’en termes de capitaux à investir les exploitations en société soient parfois plutôt accessibles, les Gaec font peur, reprendre dans ses conditions équivaudrait à embarquer avec des quasi-inconnus, avec tous les risques humains et financiers que cela comporte.
Transmissible? Oui mais...
Les montants de reprise pour des exploitations de plus en plus grandes posent avec acuité la question de la transmissibilité. «Des candidats à la reprise, le Répertoire Départ Installation (RDI) n’en manque pas, ce sont des candidats avec les capitaux nécessaires qui manquent !» note Carole.
Le cheptel, les bâtiments, le foncier, la maison d’habitation, le fermage parfois: cela fait beaucoup de pression pour les repreneurs, qui doivent dégager très vite une rentabilité sur leur système; une situation moins fréquente il y a encore une génération: «on commençait plus petit, on construisait au fur et à mesure, on développait son outil», note Carole. Aujourd’hui les jeunes sont amenés à reprendre tout, l’outil et le foncier, d’un coup.
A côté de ces profils de repreneurs, «On voit arriver une nouvelle catégorie de repreneurs hors cadre», remarque Sylvie, «ce sont souvent des couples, entre trente et quarante ans, avec des enfants, qui recherchent de petites surfaces. Pour ces projets, le RDI des offres en diversification et/ ou en vente directe. Cependant, un frein majeur à ces projets est qu’ils ne sont pas suffisamment construits, pas assez réfléchis économiquement. Ils correspondent souvent à un choix de vie global, pas forcément à un choix d’ordre purement professionnel».
Le couple de cédants fait le choix de garder les terres en propriété et de les louer à Angélique et Vincent, un couple hors cadre familial. «Avec eux, nous nous sommes toujours tout dit, les choses agréables à entendre et celles qui le sont moins, de façon franche. Cela a été important pour construire le lien, la confiance».
Le temps pour accomplir les démarches est variable d’un cas à l’autre, pour une installation aidée, la transmission peut prendre deux ans, trois ans si plusieurs tentatives de repreneurs se succèdent. Cette période de transition s’accompagne parfois d’un peu d’angoisse. «Par exemple, explique Michèle, entre le moment de la signature et l’installation, j’étais dans le doute concernant l’assurance des animaux, j’ai gardé la nôtre jusqu’au dernier moment, ne sachant plus trop qui était propriétaire du troupeau. Et surtout, le dossier est passé en CDOA (Commission Départementale d’Orientation Agricole) le 5 novembre pour une installation prévue le 11; nous n’avions donc aucune certitude quelques jours avant la cession». Même angoisse du délai côté repreneur, où les dossiers, après passage en CDOA, doivent aussi recueillir la validation du Comité Régional de Programmation qui dépend du Conseil Régional... «Ces délais sont longs, car Vincent avait démissionné de son emploi salarié», témoigne Angélique Graillot, la repreneuse.
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«Côté cédant, quand l’envie de transmettre est affirmée, que l’on est prêt dans sa tête, cela facilite les démarches» affirme Carole Simon, conseillère Transmission à la Chambre d’Agriculture. C’est un moment qui peut être chargé émotionnellement, car les agriculteurs sont attachés à leur terre, ils quittent un métier qu’ils aiment, une exploitation qui les a fait vivre, et, parfois, se séparent d’une maison d’habitation dans laquelle leur famille a vécu. «Pour certains, il s’agit aussi de faire le deuil de l’idée que les enfants vont reprendre la ferme...» ajoute Sylvie Simonin, également conseillère Transmission. Il est donc primordial de bien réfléchir, avec tous les associés, avec la famille, aux options qui s’ouvrent: louer ? vendre ? les deux? Il s’agira ensuite de définir le plus précisément possible les conditions de la reprise... Tout en restant capable de faire des concessions; par exemple sur le prix. Avec la conjoncture, les repreneurs essaient de négocier les prix à la baisse, d’autant que les montants à investir sont souvent très importants au regard de la rentabilité escomptée.
Persévérer
«Tant que la date de retraite n’est pas connue, et c’est souvent le cas, il est difficile pour des cédants d’enclencher une démarche de transmission» constate Carole.
Difficile aussi de se projeter avec un repreneur tant que l’on n’est pas sûr de la viabilité du projet de reprise; «dans ces cas-là un accord écrit de la banque du repreneur rassure beaucoup les cédants» précise Sylvie. Il faut dire que le mariage ne se fait pas forcément du premier coup, avec le premier repreneur. Les raisons sont nombreuses: le projet du repreneur n’est pas financé, le courant ne passe pas... «Il ne faut alors pas se laisser décourager, explique Carole, il faut persévérer». De même, les offres de remplacement d’associés peinent à trouver des candidats: bien qu’en termes de capitaux à investir les exploitations en société soient parfois plutôt accessibles, les Gaec font peur, reprendre dans ses conditions équivaudrait à embarquer avec des quasi-inconnus, avec tous les risques humains et financiers que cela comporte.
Transmissible? Oui mais...
Les montants de reprise pour des exploitations de plus en plus grandes posent avec acuité la question de la transmissibilité. «Des candidats à la reprise, le Répertoire Départ Installation (RDI) n’en manque pas, ce sont des candidats avec les capitaux nécessaires qui manquent !» note Carole.
Le cheptel, les bâtiments, le foncier, la maison d’habitation, le fermage parfois: cela fait beaucoup de pression pour les repreneurs, qui doivent dégager très vite une rentabilité sur leur système; une situation moins fréquente il y a encore une génération: «on commençait plus petit, on construisait au fur et à mesure, on développait son outil», note Carole. Aujourd’hui les jeunes sont amenés à reprendre tout, l’outil et le foncier, d’un coup.
A côté de ces profils de repreneurs, «On voit arriver une nouvelle catégorie de repreneurs hors cadre», remarque Sylvie, «ce sont souvent des couples, entre trente et quarante ans, avec des enfants, qui recherchent de petites surfaces. Pour ces projets, le RDI des offres en diversification et/ ou en vente directe. Cependant, un frein majeur à ces projets est qu’ils ne sont pas suffisamment construits, pas assez réfléchis économiquement. Ils correspondent souvent à un choix de vie global, pas forcément à un choix d’ordre purement professionnel».