Syndicalisme
Rencontre entre la FDSEA et le préfet
La morosité gagne la campagne, pas encore très visible mais pesante... Les cours bas de la viande, les charges lourdes, les trésoreries exsangues... Les agriculteurs nivernais n’ont pas le moral et veulent que cela se sache. Une délégation de la FDSEA 58 est donc allée rencontrer le préfet de la Nièvre, mercredi 18 mai, pour l’alerter.
«Nous avons alerté le préfet sur la dégradation de la situation économique et du moral des agriculteurs nivernais, toutes productions confondues, à part peut-être les vignerons, et nous lui avons présenté les chiffres du baromètre trimestriel départemental productions par productions» justifiait Stéphane Aurousseau, le président de la FDSEA58, en fin d’après-midi, à sa sortie de la préfecture. L’entretien avec Jean-Pierre Condemine a duré plus d’une heure et demi, tant les signaux et les revendications sont nombreux. Si, sur le marché de la viande, la question du broutard est celle qui pose le moins de problèmes, «avec de bons espoirs sur les marchés méditerranéens», le marché des femelles s’est complètement détérioré ces dernières semaines, notamment à cause de la crise laitière et de l’embargo russe qui créent de l’engorgement. «On ne voit pas comment cela pourrait changer» s’est inquiété le responsable syndical devant le représentant de l’État. Sur les ovins, Marcel Cottin, le président de section, a pris la parole pour lui aussi déplorer «une baisse continue des prix payés aux producteurs qui ne les rémunèrent plus». Quant aux céréales, «2016 s’annonce bonne en rendements, et bonne partout dans le monde parce qu’il n’y a pas de problème climatique, et rien ne dit que les cours puissent remonter». La délégation syndicale agricole a donc solennellement enjoint «les pouvoirs publics à se mobiliser», particulièrement en bovins «pour développer l’exportation». «Nous avons pris l’exemple des sous-marins ou des Rafales, pour lesquels le ministre de la Défense s’implique à fond. Qui, en agriculture, s’implique de la même façon ?» ont demandé les délégués de la FDSEA58.
Demande de rendez-vous avec François Hollande
Stéphane Aurousseau a résumé la liste des revendications. «Sur les femelles, nous devons arriver à exporter hors de l’Union européenne. La consommation prévue jusqu’en 2050 va progresser partout sauf en Europe. Si nous voulons maintenir une agriculture qui pèse dans la balance commerciale, nous devons aller chercher ces marchés». La FDSEA 58 a aussi demandé au gouvernement, via le préfet, de prendre «des mesures de dégagement du marché, soit en mobilisant l’équarrissage, soit en sortant des volumes pour la consommation». Et souhaité la mise en place d’une aide à l’immobilisation des animaux, suite à l’engorgement du marché, «parce qu’un animal qui ne sort pas de l’exploitation coûte deux euros supplémentaires par jour et par exploitant, soit 700 euros sur un an» ! Les syndicalistes ont par ailleurs exhorté l’État à «accélérer les démarches pour la mise en place de la viande française dans la restauration collective publique. Que le préfet fasse preuve d’autorité pour obtenir un engagement des gestionnaires dans les contrats d’approvisionnement» ! La réforme de l’étiquetage de la viande a aussi fait débat durant le rendez-vous : «le système des étoiles ne marche pas. Ça n’apporte rien, ni aux éleveurs, ni aux consommateurs qui ignorent de quoi on parle, et résultat, on ne parle même plus de charolais». Pour les cultures, la FDSEA 58 a estimé que «la baisse des aides aux céréaliers est intolérable. Ils ne peuvent que vendre mais c’est la double peine. L’aide soja devait être proche de 150 euros par ha, elle finit à 58 euros/ha : nous ne savons pas faire» !
Quant aux aides PAC, «qu’elles ne soient pas payées à tous les exploitants du département ne fait que rajouter à l’exaspération générale». Parmi les doléances transmises au représentant de l’État, figure en bonne place la demande d’un rendez-vous avec le Président de la République, lors de sa venue à Dun-les-Places le 26 juin prochain. «Nous voulons pouvoir lui faire toucher du doigt les difficultés des agriculteurs dans ce département» a justifié le président de la FDSEA 58. Jean-Pierre Condemine s’est engagé à relayer la demande au directeur de cabinet de l’Élysée. Tout comme il s’est engagé à relayer aux ministères concernés les revendications syndicales précitées, ou par exemple, le ras-le bol de «l’excès de zèle lors des contrôles de l’étiquetage dans les magasins de producteurs : «Partout, chez les bouchers, on tolère une communication sur la race, les morceaux... Dans la Nièvre, la répression des fraudes exige une communication sur les étoiles» ! Un exemple parmi d’autres constats que les agriculteurs nivernais sont loin de vivre au paradis...