Accès au contenu
Élevage

Que cachent vos haies ?

D’abord sceptiques, conquis ensuite: Edmond Vidalin et William Taillon, au Gaec d’Azy, à Saint Seine, utilisent depuis depuis ans la litière bois plaquette en substitution partielle de la paille. C’est l’équivalent de 50 tonnes de paille qui se cachent chaque année dans leurs haies ! Une vraie solution pour gagner en autonomie en élevage.
Par Lucie Lecointe
Que cachent vos haies ?
Les limousines sur la litière bois. Confort pour l’animal, gain de temps et d’autonomie pour l’éleveur, les plaquettes bois ont séduit le Gaec d’Azy qui valorise ainsi ses haies.
Avec 280 hectares dont 80 de céréales et 100 de prairies naturelles, le Gaec était obligé d’acheter entre 35 et 40 tonnes de paille par an pour les besoin de son troupeau de 160 vaches charolaises et limousines.... «La production de notre bocage en plaquettes de bois équivaut à 53 tonnes de paille... C’est autant d’économie et d’autonomie retrouvées ! Sans compter le temps qu’on a gagné sur le curage, le paillage, l’entretien du bocage» explique William.
Le GIEE, la Chambre d’agriculture, la fédération Cuma Bourgogne et le Conservatoire des Espaces naturels de Dijon sont partenaires de cette expérimentation dans le cadre du CasDar «Mobilisation Collective pour l’Agro-Écologie». Objectif: diminuer la dépendance des exploitations d’élevage en paille, en valorisant le bocage. «Le programme d’expérimentation s’arrête, mais nous, on continue !» se félicite Edmont.

Le bocage: une ressource durable
Le Gaec compte au total 40 km de linéaires, principalement constitué d’aulnes. Les bois comme le saule blanc argenté, l’aulne, le frêne, les résineux et plus généralement les bois de bocage qui poussent en local, grandissent vite et n’ont pas d’usage marchands peuvent être valorisés en plaquettes bois. Deux points de vigilance cependant: d’abord, le déchiquetage étant une des étapes les plus onéreuses (transport, main d’œuvre, consommation de carburant...), «il vaut mieux privilégier les perches de plus de 15-20cm de diamètre, qui favorisent un bon débit du broyeur et engendrent un coût de revient compétitif» précise Benjamin Pinel, coordinateur de la Cuma Bourgogne pour la Nièvre. Ensuite, il faut réfléchir l’exploitation de ses haies dans la durée par une gestion appropriée, pour ne pas les épuiser. Etienne Bourgy, Chargé de projet Energies, biomasse et agroforesterie à la Chambre d’Agriculture de la Nièvre, a réalisé un plan de gestion de l’exploitation qui a mis en évidence le potentiel de prélèvement annuel: 250m3 humides, soit 212 m3 secs. «Sur les 40km de linéaire, 15% sont des haies hautes et 15% des bordures de rivières (ripisylves), qui sont justement les deux premiers producteurs de bois des exploitations» explique Etienne Bourgy.

Des étapes à anticiper
Les vernes sont coupées en février-mars. Jean-Michel Pauwels, un ami bûcheron, s’occupe de la coupe, les agriculteurs rassemblant le tout au télescopique. Trois jours de travail sont nécessaires pour 200m3 de bois. Le déchiquetage se fait en juin avec la machine de la Cuma Terr’eau. «Ensuite, on stocke le tout en tas sous la stabule», explique Edmont, «pendant 4 mois». «Respecter ce délai est primordial», insiste Etienne Bourgy, «pour que l’humidité s’évapore et atteigne 20-25%. Aucun risque d’incendie car la température d’auto-inflammation des plaquettes est de 240-260 degrés». Une plaquette ne peut tenir ses promesses que si elle a suffisamment séché. Pour ces raisons le stockage des plaquettes doit etre effectué sous abri.

Les vaches préfèrent les copeaux
«Durs» «Favorisant les problèmes inter-digitaux» «tranchants»: même si les plaquettes paraissent moins confortables que la paille, les vaches choisissent le bois. Entre la paille et les plaquettes,  «les vaches préfèrent le bois ! même s’il y a des bouses» ont constaté Edmont et William.  Fin novembre, les bêtes sont rentrées en stabule sur une première couche de copeaux de 10 cm. Les génisses, en litière 100% bois jusqu’en janvier, recevront trois couches de copeaux, à 10 ou 15 jour d’intervalle. Le meilleur déclencheur d’un ajout de plaquettes est le salissement des bêtes. La simple superposition des couches, étendues à la pailleuse ou au télescopique ou au bol mélangeur, donne de bons résultats, sans besoin de mélanger les couches. L’épaisseur de la couche, généralement entre 6 et 8 cm, est à adapter en fonction du type d’animaux, de la taille de la case, de la composition de la ration.
Le vrai avantage de la plaquette réside dans ses vertues drainantes, les bouses séchant littéralement grâce aux plaquettes. «Ca ne patouille pas, c’est plus sain» affirment les éleveurs.  Mêmes constats positifs avec une litière copeaux+ paille, comme c’est le cas pour les vaches gestantes au Gaec d’Azy, qui reçoivent, sur la première couche de plaquettes, de la paille. Les couches de paille sont plus efficaces sur ce matelas drainants.

Gain de temps
«En litière mixte, on ne paille plus que tous les deux jours, alors qu’avant, en 100% paille, c’était tous les jours, voire matin et soir, qu’il fallait nous rendre à la stabule pour le paillage et la nourriture» explique Edmond. 90 h de travail en moins qui ont rendu la période de vellages «plus sereine». Beaucoup de temps gagné aussi sur les curages intermédiaires; «on ne cure plus l’hiver, mais seulement au printemps, à ce moment-là, la première couche de copeaux est alors presque décomposée» remarque William. Fin août, le fumier et les copeaux sont épandus sur les céréales. Les éleveurs n’ont pas remarqué de différence par rapport à un fumier avec de la paille. Les plaquettes, plus basiques, entretiennent le PH des sols. Les analyses effectuées affichent régulièrement un PH entre 8 et 9. Enfin, c’est tout le travail qui entoure l’entretien du bocage qui est facilité et valorisé. Le coût d’entretien est diminué, la pénibilité réduite, l’abattage plus sécurisé.
L’expérimentation a le mérite de démontrer que l’efficacité de la litière a été améliorée, car en 2015-2016, 66 tonnes de litières mixtes (39t plaquettes + 27t paille) ont remplacé les 99 tonnes de paille habituelles. 1 tonne de plaquettes a remplacé 1,3 tonne de paille. «Une nouvelle biomasse compétitive entre dans le système technico-économique de l’exploitation» résume Etienne Bourgy. De quoi inspirer les élevages qui n’auto-produisent pas leur paille et souhaitent valoriser une nouvelle ressource.