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Attaques sur des ovins

Par précaution, rentrez les bêtes

Sept brebis sont mortes suite à des attaques à Chougny, entre fin décembre et début janvier. Les expertises du réseau loup/lynx sont en cours pour identifier l’animal ou les animaux à l’origine des attaques, la responsabilité du loup étant “non exclue”.
Par Lucie Lecointe
Par précaution, rentrez les bêtes
Philippe et Christian Laporte exploitent en Gaec 204 hectares d’herbes au Petit Massé avec 130 brebis et 150 vaches. Samedi 31 décembre, Philippe découvre, derrière un arbre, le cadavre d’une de ses brebis. «Elle n’avait plus une goutte de sang, on en a déduit qu’elle avait été attaquée la veille, le vendredi, le même jour que l’attaque des brebis de mon frère aîné Patrice, qui a lui aussi une exploitation à Chougny» raconte Christian Laporte.

Au Gaec du Petit Massé, une cinquantaine de brebis dont les agnelages étaient retardés étaient restées dehors. «Nous avons au départ pensé à un chien errant, c’est arrivé une fois ou deux, ou même avec des chiens de chasse, mais les attaques restent tout de même très rares !» commente Christian. Le lundi matin, deux autres brebis du Gaec sont retrouvées mortes, attaquées de la même façon: prises à la gorge, mais pas mangées. En effet, la veille en fin d’après-midi, un voisin remarque que les brebis se mettent toutes à courir, réussissant à passer dans un pré voisin grâce à une barrière laissée ouverte... «On se dit que ça aurait pu être pire, car les brebis ont pu fuir... Maintenant les brebis sont toutes à l’abri car on a libéré un peu de place avec la vente de quelques vaches. Bien sûr, il reste un risque d’avortement.» conclut Christian.
En tout, sept brebis ont été tuées à Chougny, attaques pour lesquelles un constat de prédation a été dressé. «La responsabilité du loup n’est pas exclue, ce qui ouvre la possibilité d’une indemnisation pour les éleveurs au titre des blessures et de la mortalité» explique Agnès Bonjean, directrice de Cabinet du Préfet de la Nièvre. En revanche, il a été formellement établi que la mort des deux brebis début janvier à Moulins n’est pas liée à la prédation.

Identification du ou des coupables en cours
Les agents du service départemental de l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) sont chargés de relever les indices sur l’animal à l’origine des attaques: installation de pièges photographiques, examen des cadavres, relevés d’indices comme les excréments, les empreintes....  «L’analyse de ces éléments requière une expertise pointue», précise François Pohu, directeur, «pour identifier l’animal à l’origine de chaque attaque. C’est le réseau régional et national loup/lynx qui analyse les relevés et émet un avis technique. Il faut savoir par exemple qu’en période hivernale, il arrive que plusieurs prédateurs s’intéressent au même cadavre: renards, rapaces... ce qui est de nature à brouiller les pistes.»

L’ONCFS, qui assure le suivi des grands prédateurs, assure que «ces dernières années, l’ONCFS n’a jamais eu d’indices de présence de loups dans la Nièvre. Cependant, si l’on sort du cadre départemental, à l’échelle nationale, il faut savoir que le loup est une espèce qui recolonise le territoire, depuis les années 1990, naturellement, à partir d’une lignée italienne. L’animal, seul ou en meute, à un grand domaine vital de l’ordre de 150 à 300 km2. Les subalternes, c’est-à-dire les jeunes de 18 mois, se dispersent au printemps ou à l’automne pour coloniser de nouveaux territoires. Ils peuvent parcourir plus de 30 km par jour, ou plutôt par nuit car ils se déplacent surtout la nuit» explique François Pohu. C’est ainsi que l’espèce, depuis les Alpes, a rejoint les Pyrénées. Précisons que cette espèce protégée craint l’Homme, et qu’elle ne représente pas de menace pour lui.

Suivi étroit par la Préfecture
La Préfecture a mis en place une cellule de veille réunissant les différents services de l’État, l’ONCFS, les élus et les organisations agricoles pour recueillir les différents indices et témoignages permettant d’attester ou non de la présence de loup(s). Elle se réunira le vendredi 13.

Que faire en cas d’attaque

Les exploitants sont invités à signaler les attaques et les traces de morsures par les canidés auprès de la Préfecture au 03 86 60 70 80. Pour faciliter le relevé d’indices, l’ONCFS recommande de ne pas toucher ni déplacer les animaux morts, et de les protéger avec une bâche plastique pour éviter d’attirer d’autres animaux.