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Constituer des réserves

Ne plus laisser partir une ressource

Véritable « château d'eau » en tête de différents bassins-versants, la Côte-d'Or se doit de réfléchir aux usages et à la préservation des ressources en eau. Le monde agricole local s'est penché sur la question et propose des pistes qui intéressent de nombreux secteurs.

Par Berty Robert, avec Manifeste sur l'eau
Ne plus laisser partir une ressource
A l'instar de la réserve d'eau constitué à Fauverney, en Côte-d'Or, le monde agricole réfléchit à la constitution d'autres réserves dont les usages seraient multiples.

À l'automne dernier, Jacques de Loisy, président de la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or, présentait officiellement le « Manifeste pour une eau au service de la souveraineté agricole et alimentaire » (Terres de Bourgogne du 10 octobre 2025, N° 1855). Ce document, adressé aux acteurs du territoire et aux financeurs potentiels à l’échelle de la région Bourgogne-Franche-Comté (BFC) et du département de la Côte-d’Or (collectivités locales, financeurs publics et privés, organismes agricoles, gestionnaires de l’eau), compilait deux ans de travail initié par le prédécesseur de Jacques de Loisy, Vincent Lavier, afin de nourrir une réflexion profonde et transversale sur les usages de l'eau. Le but étant de faire émerger des solutions, dans un contexte de changement climatique, pour assurer des accès à la ressource en eau, mais pas uniquement réservées aux usages agricoles. Certes, les besoins des cultures ou de l'élevage sont au centre des réflexions engagées sur ce manifeste mais le monde agricole a, en l'espèce, bien compris que rien ne peut se bâtir sur une approche réductrice ou exclusive des choses. C'est pourquoi les univers industriels ou les services de lutte contre les incendies ont été associés à la démarche, afin d'en garantir l'acceptation sociétale et la finalité globale, pour des usages multiples de la ressource.

Contexte géographique unique

Dans l'introduction du document, ses initiateurs n'ont pas oublié de revenir sur la place particulière que tient le département de la Côte-d'Or : un territoire, situé en tête de bassin, qui joue un rôle stratégique : il conditionne la disponibilité et la qualité de l’eau pour l'ensemble des territoires en aval. « Ce contexte géographique unique, précisaient-ils, implique une gestion appropriée et adaptée de la dépendance de l’agriculture à l’eau. » Ce manifeste décrit aussi l'évolution des précipitations à laquelle notre région doit s'attendre dans les 80 ans qui viennent. Les prévisions indiquent que, par rapport à aujourd'hui, les précipitations seront plus importantes en hiver et au printemps, et moindre en été. « Cette répartition inégale, décrit le manifeste, entraînera des conséquences sur la temporalité des besoins en eau des cultures. » Selon les modèles de projections climatiques, les volumes de précipitations annuelles semblent se maintenir. En revanche leur répartition spatiale et temporelle devrait se caractériser par de fortes disparités, avec, sans doute, des excès d'eau en automne et hiver, et des manques importants en été. Les conséquences sur les cultures seront loin d'être négligeables avec, à l'horizon 2100, « des baisses de rendements évaluées, en moyenne de 10 % à 20 % selon les cultures considérées. » En BFC, cela devrait se traduire par une perte de production annuelle équivalente à 440 000 tonnes de blé, à laquelle s’ajoute une perte de 4 millions de tonnes d'herbe. « Nous perdrons, prédit le manifeste, de quoi satisfaire l’équivalent des besoins alimentaires annuels d’1,1 million de personnes, soit près de 40 % de la population de Bourgogne-Franche-Comté, et l’équivalent des départements de Côte-d’Or et du Doubs."

Des initiatives de terrain

Dans ces conditions, la nécessité d'une gestion concertée de la ressource en eau paraît incontournable. Des actions existent déjà, notamment, en Côte-d'Or, avec le projet Eau et agriculture durable du châtillonnais (EADC) qui prévoit un soutien aux éleveurs adoptant des pratiques vertueuses envers la ressource en eau. « Des projets qui méritent d'être soutenus et dupliqués » soulignait le Préfet de Côte-d'Or et de Région BFC Paul Mourier, lors de la Conférence départementale de l'eau organisée à Longvic, près de Dijon, début décembre. Lors de cette même conférence, Jacques de Loisy incitait même à « cultiver l'eau » : « il y a un enjeu pour retenir en Côte-d'Or une partie de l'eau de la Saône. On doit pouvoir recréer des plans d'eau ou des étangs, alimentés par des eaux de surface, qui fourniront des îlots de fraîcheur, un relais pour l'abreuvement du bétail, une source de consolidation pour les productions végétales et une eau utile aux pompiers comme à la biodiversité. Plutôt que de transformer les parcelles agricoles en vases d'expansion pour limiter les effets des crues, cultivons l'eau ! Les retenues n'auront pas pour but d'augmenter les prélèvements et les productions, mais de maintenir un potentiel de production. » Autre exemple de travaux menés en ce sens : la concrétisation de solutions d'abreuvement de bovins dans l'ouest de la Côte-d'Or, par l'Établissement public d'aménagement et de gestion de l'eau (Epage) Armançon, à travers différents appels à projets et avec l'appui de financement de l'agence de l'eau Seine-Normandie et du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Par ce biais, des citernes souples, remplies l'hiver avec l'eau disponible sur les parcelles (source, cours d'eau) permettent de sécuriser l'abreuvement des animaux d'élevage. Une citerne de ce type, de 300 m3 et bien intégrée au paysage, permet d'abreuver 30 vaches pendant trois mois. Ces quelques exemples illustrent le fait que des solutions sont possibles, à partir du moment où elles reposent sur des réflexions engagées avec tous les acteurs concernés.

Des plans d'eau

Dans ce cadre, le « Manifeste pour une eau au service de la souveraineté agricole et alimentaire » envisage différents outils de gestion des eaux :

- Création de plans d’eau

- Limitation de la pression sur l’eau potable

- Réutilisation des eaux pluviales

- Maintien des éléments favorables au remplissage des nappes.

La création de plans d'eau doit répondre à des critères précis : assurer le potentiel agricole du territoire et pérenniser les filières agricoles actuelles et à venir, être le socle d’une souveraineté alimentaire répondant aux besoins des populations ; assurer les besoins alimentaires des populations ; limiter l’impact des précipitations intenses sur une période courte ; répondre aux politiques d’aménagement du territoire. Le stockage de l’eau fait aussi partie des solutions pour éviter et atténuer les inondations futures. Par ailleurs, un plan d’eau permet de stocker l’eau quand elle est disponible, pour éviter les conflits quand la ressource est rare, et ainsi avoir la possibilité de maintenir les niveaux d’étiage. Il assure aussi un « effet tampon climatique » près des zones irriguées en rafraîchissant les alentours). Il maintient la biodiversité (notamment en période de sécheresse), et participe à la lutte contre les incendies. L'alimentation de ces plans d'eau peut prendre différents visages :

– Eaux de ruissellement et de toiture

– Eaux usées traitées de stations d’épuration

– Prélèvements en rivière lors de périodes de hautes eaux

– Eaux usées traitées industrielles.

Il est aussi possible de limiter l'évaporation de l'eau de ces plans d’eau, par exemple par l’installation de panneaux photovoltaïques flottants qui contribueront à produire une énergie renouvelable. Constituer des réserves en eau sans commettre des erreurs qui ont pu se produire ailleurs en France reste donc une priorité véritablement envisageable en Côte-d'Or.