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Inondations

Les terres aussi ont souffert

L’épisode pluvieux qui s’est abattu sur la Nièvre, particulièrement concentré sur Annay, Arquian et Neuvy-sur-Loire, les 28 et 29 mai, a aussi des conséquences sur l’agriculture. Entre l’excès d’humidité, les débordements de cours d’eau, les coulées de limons et de cailloux et l’érosion, les sols, par endroits, ont subi des dégâts considérables.
Par Emmanuel Coulombeix
Les terres aussi ont souffert
A Annay, une parcelle a subi une double peine  : la Vrille a débordé et innondé les champs de blé et de colza et les sols plus en hauteur ont été lessivés, subissant un effet érosion qui interroge sur leur avenir agricole pour les prochaines années...
Selon Mickaël Geloen, conseiller grandes cultures de la Chambre d’agriculture, qui s’est rendu dans les trois communes particulièrement touchées par les inondations, au moins huit agriculteurs ont subi de lourdes pertes. Avec les précipitations, le cours d’eau La Vrille a débordé, envahissant les parcelles et les prairies alentours. Les champs victimes de la pluie ont subi des dommages irrémédiables : les cultures sont couchées, les semis totalement à refaire, et les coulées d’eau ruisselant durant les averses ont fait sortir les graines de la terre, tandis que les alluvions, les cailloux, venant de partout, sur des sols parfois en pente, ont souillé irrémédiablement les blés, maïs, colzas et l’herbe. Si par endroits, des micro-phénomènes de grêle ont en plus déchiqueté ce qui restait des plants, l’épisode climatique qui s’est abattu sur Annay, Arquian et Neuvy-sur-Loire était d’une ampleur exceptionnelle et inédite. 210 mm d’eau sont tombés entre le samedi 28 mai et la mardi soir, «dont 80 mm en une demie heure le samedi soir» relève le conseiller. Un épisode qui, de mémoire d’agriculteur, ne s’était jamais encore vu. La situation est tellement inhabituelle qu’il sera très long d’en évaluer toutes les conséquences sur l’activité agricole. Le premier effet de l’excès d’humidité, ce sont bien sûr les parcelles totalement inondées et les semis complètement déracinés. En se retirant, l’eau a laissé apparaître des sols souillés de terre, de sable et de cailloux. Sur une parcelle de 2 ha à Annay, un agriculteur déplore la double peine  : le bas des champs immergé et le haut sali par une coulée de terre provenant du chemin qui borde la parcelle. Les photos parlent d’elles-mêmes. «Non seulement le triticale est complètement couché mais le deuxième effet et la deuxième question que se pose l’exploitant, c’est comment reprendre la parcelle l’année suivante ?»   C’est bien simple, on se croirait en bord de plage avec des galets humidifiés par le flux marin...

Tout le département a souffert
«Tout le secteur proche de la Vrille est impacté  : les colzas, maïs, céréales et prairies sont couchés». Pour les éleveurs, l’herbe qui reste est non seulement salie et donc pose des problèmes de rendements et de qualité pour l’alimentation animale (moins d’appétence) mais en plus ils ont dû rentrer les bêtes, en sacrifiant une partie de leurs stocks de fourrages, qui n’étaient déjà pas bien épais du fait de la sécheresse de 2015... Quand à l’effet érosion, il a déplacé toute la terre en bas de certaines parcelles et les champs lessivés par l’effet mécanique de l’eau interrogent sur leur avenir agricole. «D’autant qu’avec toute cette eau, les agriculteurs n’ont pas pu rentrer dans leurs parcelles pour intervenir comme ils le voulaient. Et semer ou resemer au 20 juin, cela risque de faire un peu tard, même si on peut encore envisager un maïs ensilage» souligne Mickäel Geloen. A la station de Nevers, on a enregistré + de 120 mm de pluie au mois de mai, contre 60 à 70 habituellement. C’est dire l’ampleur du désastre sur les sols à une époque où les plantes ont besoin de soleil et de chaleur... Et tout le département, à différents degrés, a souffert des effets directs et indirects de cette pluie massive. «L’intervention pour le désherbage dans les champs est lui aussi remis à plus tard, les sols étant détrempés !»   Outre les retards de semis, le technicien insiste aussi sur d’autres conséquences  : la pression des limaces, beaucoup plus nombreuses, le retard de fauche des foins («que les faucheuses ne soient pas sorties au 20 mai, c’est encore du jamais vu!») et le risque d’une pression des maladies, notamment sur les céréales, avec des attaques de septoriose ou de fusariose, voire des phénomènes atypiques, par exemple sur les orges d’hiver... Et le manque de luminosité, pour les plantes, s’ajoute à tous les autres facteurs limitants. «C’est quasiment mission impossible. Il n’y a pas de créneau. Quels seront les épisodes climatiques de la fin de la campagne  ? Cela orientera les résultats des cultures de printemps mais on ne peut pas savoir si cela va rester au sec ou si on subira encore de l’humidité» hésite Mickaël Geloen, pris de court, qui évoque une nouvelle année catastrophique...