Agriculture biologique
Les regards inquiets tournés vers l’avenir...
La bio a le vent en poupe, du moins dans les assiettes. Les installations et conversions n’ont pas cessé de grimper ces dix dernières années, en Bourgogne comme partout. Des nuages, pourtant, continuent de s’amonceler sur l’avenir des producteurs qui en ont fait le choix. Exemple chez Didier Beaumier, à Brinon-sur-Beuvron, installé depuis 2002.
La réunion de lundi 13 juin chez l’éleveur et agriculteur bio était organisée par Lison Delsalle, l’animatrice agro-environnement du Bac Grenelle de la Nièvre du Bassin Seine-Normandie (Brinon-sur-Beuvron dispose d’un bassin d’alimentation de captage) chez Didier et Caroline Beaumier qui ont fait le choix de la bio en 2002. L’objectif était de sensibiliser les agriculteurs des Bac non bio mais, de fait, ce sont six agriculteurs des Bac bio et cinq autres hors-Bac mais bio également, qui se sont déplacés pour écouter l’animatrice ainsi que Stéphane Grippon et Lola Jeanningros, de Bio Bourgogne (ex-Sedarb), ainsi que Philippe Jaillard, conseiller bio de la Chambre d’agriculture et Jean Champagnat, l’homologue de Lison Delsalle sur les Bac nivernais du Bassin Loire-Bretagne. Et, s’il a bien été question des enjeux environnementaux et de qualité de l’eau, le rassemblement a très vite bifurqué vers l’état des lieux technique, politique, économique et financier de l’agriculture biologique dans la région et en France.
Quelles aides à la bio ?
Avant que de faire une démonstration de l’écimeuse qu’il détient en Cuma, Didier Beaumier n’a pas été le dernier à s’inquiéter de l’avenir de sa ferme et de celles de ses collègues. «L’Europe n’a pas pris de décision concernant des aides à la hausse et, si la bio continue à augmenter sur sa lancée, il y a un risque de dilution des crédits». «La Pac en France n’a pas plus de budget et nous risquons de vraies frictions entre les bios et les conventionnels» a souligné un autre. La première inquiétude réside donc dans une hypothétique crise de croissance. Alors que «le nombre d’exploitations en bio est passé de 200 à 1000 en Bourgogne depuis dix ans», selon Stéphane Grippon, et que «les résultats économiques sont viables», le système d’accompagnement politique et financier demeure un point d’interrogations. Les bio attendent un nouvel arrêté fixant les MAE «conversion à l’AB» à au moins 300 euros/ha pour les cultures, mais sachant que les régions, devenus les opérateurs publics, auront la faculté de plafonner les aides, pour contenir les enveloppes budgétaires. Cette année, la Bourgogne-Franche-Comté a plafonné à 30 000 euros par exploitant, soit 100 ha maximum chacun. Les Agences de l’eau pourraient bientôt annoncer un geste (pour les agriculteurs des Bac) de leurs propres côtés... Suffisant pour faire coïncider l’offre à la demande ? Quant à l’aide au maintien, elle atteint 12 000 euros dans la région. Mais ce qui trouble davantage les producteurs qui ont choisi ce mode de production, c’est que «la restauration collective reste très limitée et que les collectivités locales ont encore beaucoup à faire pour atteindre l’objectif de 20% de bio dans les cantines en 2020, selon la loi récemment adoptée». Faute de garantie de débouchés suffisant, les cours des produits risquent aussi de s’éroder. «La coopérative annonce entre 40 et 50 euros/t en moins sur le blé, du fait de la hausse de la production» témoigne Didier Beaumier. Les petites quantités et les cultures très spécifiques (épeautre par exemple) risquent de ne pas trouver preneurs, ou à des niveaux commerciaux inférieurs de 50%, comme en 2015.
Pas très encourageant... «Tout ce qui est secondaire, si il n’y a pas de vaches pour le consommer, ça va être compliqué» insiste l’agriculteur de Brinon qui ne cache pas une autre angoisse : «quand il y aura pléthore de bio, qu’est-ce qui empêchera les grandes surfaces de faire ce qu’elles pratiquent, les marges arrière entre autres, avec l’agriculture conventionnelle» ? Et vendre au plus court, dans la Nièvre qui est loin de tout outil de transformation en bio, «il n’y a pas la population en face pour consommer» tranche-t-il.
Le bio, par défaut ?
Un autre argument, de plus en plus observé, fait débat entre les producteurs bio. Lundi, c’est Philippe Jaillard, le M. bio de la Chambre d’agriculture, qui l’a soulevé le premier, lorsque Stéphane Grippon a évoqué des «EBE en bio comparables à ceux des conventionnels mais avec moins de variabilité» : «les porteurs de projets d’installation s’inscrivent dans des démarches individuelles et non pas collectives. Ils ne veulent qu’un seul interlocuteur pour leurs débouchés quand, sur leur propre idée, la restauration collective ne constitue, au mieux, qu’une partie de leurs projets». Et, deuxième frein, selon le conseiller : «c’est quand il y a des soucis économiques en conventionnel que la bio se développe, quand ils gagnent moins bien leur vie parce que les prix dégringolent et qu’ils font un choix plus de contrainte que d’adhésion». Notamment lorsque les régions ont parfois été plus généreuses que d’autres, «par exemple la Franche-Comté qui a été très incitative envers les éleveurs laitiers bio» souligne Didier Beaumier...
Crise de croissance de la bio ou simple décalage entre l’offre et la demande? Les agriculteurs engagés essayent d’y croire, malgré tout...
Quelles aides à la bio ?
Avant que de faire une démonstration de l’écimeuse qu’il détient en Cuma, Didier Beaumier n’a pas été le dernier à s’inquiéter de l’avenir de sa ferme et de celles de ses collègues. «L’Europe n’a pas pris de décision concernant des aides à la hausse et, si la bio continue à augmenter sur sa lancée, il y a un risque de dilution des crédits». «La Pac en France n’a pas plus de budget et nous risquons de vraies frictions entre les bios et les conventionnels» a souligné un autre. La première inquiétude réside donc dans une hypothétique crise de croissance. Alors que «le nombre d’exploitations en bio est passé de 200 à 1000 en Bourgogne depuis dix ans», selon Stéphane Grippon, et que «les résultats économiques sont viables», le système d’accompagnement politique et financier demeure un point d’interrogations. Les bio attendent un nouvel arrêté fixant les MAE «conversion à l’AB» à au moins 300 euros/ha pour les cultures, mais sachant que les régions, devenus les opérateurs publics, auront la faculté de plafonner les aides, pour contenir les enveloppes budgétaires. Cette année, la Bourgogne-Franche-Comté a plafonné à 30 000 euros par exploitant, soit 100 ha maximum chacun. Les Agences de l’eau pourraient bientôt annoncer un geste (pour les agriculteurs des Bac) de leurs propres côtés... Suffisant pour faire coïncider l’offre à la demande ? Quant à l’aide au maintien, elle atteint 12 000 euros dans la région. Mais ce qui trouble davantage les producteurs qui ont choisi ce mode de production, c’est que «la restauration collective reste très limitée et que les collectivités locales ont encore beaucoup à faire pour atteindre l’objectif de 20% de bio dans les cantines en 2020, selon la loi récemment adoptée». Faute de garantie de débouchés suffisant, les cours des produits risquent aussi de s’éroder. «La coopérative annonce entre 40 et 50 euros/t en moins sur le blé, du fait de la hausse de la production» témoigne Didier Beaumier. Les petites quantités et les cultures très spécifiques (épeautre par exemple) risquent de ne pas trouver preneurs, ou à des niveaux commerciaux inférieurs de 50%, comme en 2015.
Pas très encourageant... «Tout ce qui est secondaire, si il n’y a pas de vaches pour le consommer, ça va être compliqué» insiste l’agriculteur de Brinon qui ne cache pas une autre angoisse : «quand il y aura pléthore de bio, qu’est-ce qui empêchera les grandes surfaces de faire ce qu’elles pratiquent, les marges arrière entre autres, avec l’agriculture conventionnelle» ? Et vendre au plus court, dans la Nièvre qui est loin de tout outil de transformation en bio, «il n’y a pas la population en face pour consommer» tranche-t-il.
Le bio, par défaut ?
Un autre argument, de plus en plus observé, fait débat entre les producteurs bio. Lundi, c’est Philippe Jaillard, le M. bio de la Chambre d’agriculture, qui l’a soulevé le premier, lorsque Stéphane Grippon a évoqué des «EBE en bio comparables à ceux des conventionnels mais avec moins de variabilité» : «les porteurs de projets d’installation s’inscrivent dans des démarches individuelles et non pas collectives. Ils ne veulent qu’un seul interlocuteur pour leurs débouchés quand, sur leur propre idée, la restauration collective ne constitue, au mieux, qu’une partie de leurs projets». Et, deuxième frein, selon le conseiller : «c’est quand il y a des soucis économiques en conventionnel que la bio se développe, quand ils gagnent moins bien leur vie parce que les prix dégringolent et qu’ils font un choix plus de contrainte que d’adhésion». Notamment lorsque les régions ont parfois été plus généreuses que d’autres, «par exemple la Franche-Comté qui a été très incitative envers les éleveurs laitiers bio» souligne Didier Beaumier...
Crise de croissance de la bio ou simple décalage entre l’offre et la demande? Les agriculteurs engagés essayent d’y croire, malgré tout...