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Stéphane Aurousseau rend hommage à Xavier Beulin

Les agriculteurs viennent de perdre un infatigable serviteur

Xavier Beulin était un pilier de l’agriculture française. Engagé dans des domaines si divers, antagonistes selon certains, plus sûrement complémentaires. Ce n’est certainement pas l’appétit pour le cumul des postes qui l’ont mené là où il est arrivé, mais la conséquence de connaissances reconnues, de capacités d’analyse rares, d’une force de travail considérable. Le tout doublé d’une stature qui n’avait d’égale que sa brillante éloquence. Quand le pilier tombe, l’édifice tout entier est fragilisé. Mais il ne s’écroulera pas parce que d’autres derrière se lèvent pour prendre le relais. Merci à Christiane Lambert d’avoir accepté la présidence de la FNSEA dans ces tragiques circonstances.
Par Stéphane Aurousseau, président de la FDSEA 58
Les agriculteurs viennent de perdre un infatigable serviteur
Xavier Beulin avec l’équipe FDSEA 58 à l’occasion du Congrès de la FNB qui s’est tenu à Nevers les 1er et 2 février.
Prendre le relais ? Mieux vaudrait parler de continuer le combat. Car malheureusement c’en est un. Le syndicalisme est une lutte, on le sait bien. Mais à l’égard de Xavier Beulin n’a-t-on pas outrepassé certaines limites ? Les attaques personnelles dont il a si souvent été la cible n’ont-elles pas fini par l’ébranler ? Sous la carapace qu’il s’était forgée, l’homme ne souffrait-il pas  ? On peut être préparé à représenter les hommes, expliquer leurs problèmes, tenter de convaincre de la justesse de leurs propositions. C’est la mission que le syndicaliste accepte. Mais personne n’est préparé à encaisser chaque jour des attaques personnelles. Personne n’est préparé à des intrusions physiques et télévisuelles dans son village, sur sa ferme, dans sa vie personnelle. Personne n’est préparé à répondre à des insinuations permanentes sur sa probité. Personne n’est préparé à affronter les insultes sur les réseaux sociaux. Personne n’est préparé à n’avoir jamais de répit. N’en sort-on pas irréversiblement affaibli dans sa chair ?
Ce moment de deuil propre à la réflexion est peut-être l’occasion de méditer sur l’ampleur de ce que nous demandons à nos représentants.
La pression qui est mise sur notre profession ne s’arrête jamais. À la FNSEA, c’est tous les jours que de nouvelles agressions sur nos pratiques professionnelles doivent être endiguées. À la télévision, c’est tous les quatre jours en moyenne qu’est diffusé un reportage à charge contre l’agriculture. Il n’y a pas de pause. Jamais. Est-ce qu’il ne serait pas temps de foutre un peu la paix aux agriculteurs  ? Tout cela n’est-il pas exagéré  ? Tout cela ne va-t-il pas trop vite  ? Tout cela n’est-il pas au-delà de ce que des êtres humains peuvent encaisser  ? Est-ce sur les suicides des agriculteurs et l’épuisement de leurs représentants que l’on pense construire l’agriculture de demain   ? Que penser de ce candidat à l’élection présidentielle qui du haut de sa suffisance posait Xavier Beulin comme le problème de l’agriculture française, et faisait de son départ et faisait de son départ l’alpha et l’oméga de sa politique agricole. Xavier s’en est allé, mais les problèmes vont rester. J’ai toujours en mémoire également les propos de certains polémistes venus jusque dans la Nièvre expliquer que leur rôle était d’emmerder Xavier Beulin. Nous les laisserons à leurs tourments et à leurs névroses.
Quant à nous, agriculteurs, n’aurions-nous pas aussi une part de responsabilité ? Est-ce normal de laisser peser une charge aussi lourde sur aussi peu d’épaules, souvent bénévoles ? Chacun doit s’interroger sur le temps et les moyens qu’il consacre à sa défense professionnelle. Certains diront sans doute que tout cela est temps perdu, ne sert à rien, les réunions, les manifestations, les négociations. Que des repères de fainéants qui feraient mieux de travailler chez eux. Mais passées ces postures faciles et dans la solitude de leur conscience ils savent bien qu’individuellement ils ne font pas le poids face à des marchés déséquilibrés, des réglementations tatillonnes, des détracteurs, qui sont eux très soudés, très organisés, très déterminés, très efficaces.
Le philosophe Marcel Gauchet nous enseigne que la société ne fonctionne que parce qu’il y a des gens désintéressés. L’engagement suppose le désintéressement, pas le sacrifice. Les agriculteurs viennent de perdre un serviteur qu’ils croyaient infatigable et qui peut être ne l’était pas tant que ça.
Salut Xavier, merci.