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Sommet de l’élevage

Le Sommet de l’élevage comme vous ne l’avez jamais vu…

Comment les responsables professionnels font avancer les dossiers ? Emmanuel Bernard, éleveur à Cercy La Tour, Président de la commission commerce extérieure d’Interbev, nous a ouvert son agenda…
Par Lucie Lecointe
Le Sommet de l’élevage comme vous ne l’avez jamais vu…
Emmanuel Bernard
«Iran, Turquie, Maroc : dès le mardi soir, nous accueillons les délégations étrangères que nous allons accompagner jusqu’au jeudi. L’objectif : faire découvrir la conduite d’élevage en France, la qualité des animaux et du travail des exploitants. Cette première étape, qui exige de nous beaucoup de disponibilité et de capacité d’adaptation, est un prélude essentiel à l’établissement de liens commerciaux.»

Guider les délégations étrangères
«Chaque pays a ses enjeux ! Nos interlocuteurs marocains (des institutions, parfois les ministères ou les services vétérinaires, en majorité des acteurs de l’import de viande et d’animaux vivants) viennent s’inspirer de ce qui se fait chez nous pour leur programme de développement: «Quelles sont vos méthodes d’élevage ? quelle race s’adapte le mieux au climat, avec le potentiel d’herbe au pays ?» La délégation turque, elle, a fait le déplacement pour montrer à son propre gouvernement qu’elle est ouverte aux échanges. Chacun sait que le problème turque est de nature politique, le pays ne voulant pas reconnaître la vaccination FCO, alors que tout contribuerait à ce que les échanges continuent ! La présence de la délégation avait donc valeur de symbole.»

«Pour l’Iran, c’était une première, l’enjeu était de découvrir le modèle agricole français. Ils sont déjà acheteurs de viande australienne, uruguayenne ; l’enjeu était de montrer le potentiel de l’élevage bovin français pour ce marché potentiel.»

«L’environnement, les délégations étrangères s’en foutent !»
«Le mercredi, immersion dans la campagne française ! Dans les bus se mêlent les négociants, des représentants de Coop de France, la FNB, Interbev, les traducteurs… Quelle que soit la visite, élevages, centre de sélection Opti’Gene ou centre d’allotement, les questions sont très pratico-pratiques, bien loin des préoccupations environnementales : «pourquoi les étiquettes dans chaque oreille ? c’est quoi la lecture électronique ? Pourquoi les haies et les clôtures, ne risque-t-on pas de se faire voler les animaux ?..»

«Le lendemain, notre accompagnement se termine sur les stands des commerciaux. Les délégations se mettent alors en relation avec les sociétés d’exportation».

Mettre un petit coup de pression aux partenaires
«Le sommet est aussi l’occasion de fluidifier les relations avec les acteurs de la filière ; en premier lieu je vais voir les éleveurs charolais, ce sont eux qui font la vitrine du sommet !
J’en profite aussi pour rencontrer les acteurs aval, nous caler sur les dossiers ponctuels ; en l’occurrence MacDo qui travaille sur le charolais et Carrefour pour le cœur de gamme. Il s’agit de faire avancer les projets, lever les blocages, et parfois de mettre un petit coup de pression pour que certains engagements se concrétisent…»

Rencontre avec le ministre
«Le jeudi matin, je participe à une rencontre avec le ministre, le préfet et l’administration, aux côté de la FRSEA Massif Central et du berceau des races à viande. à l’ordre du jour, des sujets sensibles dans la grande région : la situation des cours, les problèmes de trésorerie, la PAC 2015 qui n’est pas finie de régler, la modification des ICHN etc… J’en ai profité pour évoquer devant le ministre le feuilleton du certificat sanitaire en négociation entre la France et l’Égypte, et pointer du doigt le manque de réactivité de la DGAL (Direction générale de l’Alimentation) qui fait traîner les discussions… Heureusement j’avais préparé mon dossier ; car dans ce type de réunion, il ne faut pas louper sa prise de parole…Si on dit une seule connerie en deux heures d’entretien avec le ministre, on est discrédité»

Faire avancer la réflexion macro et micro-économique
«Ensuite, j’ai présidé la conférence d’Interbev et de FranceAgrimer « Sécuriser un prix et un marché pour la filière bovine en France et à l’étranger » : s’il y a de moins en moins de filets de protection et d’organisation de marché, comment peuvent s’adapter les filières pour éviter les écarts de marché insoutenables à certains moments ? Nos voisins italiens et espagnols partagent les mêmes constats et inquiétudes. En Italie, les parts de marché de la grande distribution augmentent au détriment de la boucherie, les acteurs se concentrent si bien que les producteurs se sentent isolés et cherchent des formes de sécurisation de leur revenu. Il faut trouver des palliatifs au démantèlement des soutiens de marché, avec la limite que le privé n’a pas forcément les moyens de tout contractualiser…

Il faut donc imaginer, dans le cadre de la PAC après 2020, des outils pour abonder.
L’après-midi, je présidais une conférence organisée par l’Institut de l’élevage qui présentait les systèmes d’élevage ayant un créneau de valorisation intéressant…. d’où il ressort qu’il n’existe pas de système qui marche partout, et que chacun doit avoir sa propre autonomie de réflexion sur son système !»