Photovoltaïque
L’énergie du collectif
14 agriculteurs de la Nièvre se lancent dans un projet de bâtiments photovoltaïques... 14 constructions, 14 exploitations, 14 hommes de tous âges lient leurs destins pour les 30 ans à venir.
Ce mardi 15 novembre, les premières pelleteuses entament la construction de bâtiments photovoltaïques de la SAS 58 Solaire. D’ici la fin du mois de mai, ce sont 14 bâtiments qui sortiront de terre, partout dans la Nièvre, pour accueillir des animaux ou stocker du fourrage. Pas question ici de photovoltaïque au sol, en plein champ, un “non sens”pour les agriculteurs membres du projet, «le photovolatïque est un soutien à l’exploitation» pour des candidats qui avaient de toute façon besoin d’un bâtiment.
C’est tous ensemble, alors qu’ils ne se connaissaient pas il y a deux ans, que les 14 agriculteurs, unis au sein d’une SAS, dessinent les contours du projet.
Une aventure technique et humaine
Des jeunes agriculteurs de Château-Chinon réfléchissaient déjà, il y a une dizaine d’années, à un projet de photovoltaïque. Mais les coûts importants des bâtiments, conjugués à la baisse des prix de rachat de l’énergie, dissuadent le petit groupe. Comment concrétiser un projet dont les investissements sont supérieurs aux capitaux de l’exploitation?
C’est en 2014 que le projet prend forme, sous l’impulsion de Fabienne Cardot, élue municipale à Corbigny et directrice Développement chez EDF. À ce moment là, l’ingénierie des Chambres d’Agriculture sur ce type de projet est robuste, les projets antérieurs menés dans les départements voisins ont apporté leurs enseignements. «Cela n’a pas été évident au départ, témoigne Franck Seguinier, car notre première réponse à appel d’offre a été retoquée, nous n’étions pas compétitifs en termes de prix de rachat, face à des projets d’autres secteurs et d’autres régions, comme la Provence-Alpes-Côte d’Azur qui a un ensoleillement bien supérieur». Le projet réussira à sortit son épingle du jeu suite à la COP21, dans un nouvel appel d’offre dédié exclusivement au secteur agricole en juillet dernier.
Plusieurs critères sont définis pour pouvoir rentrer dans la démarche: le besoin de bâtiment, la capacité de financement, les critères techniques comme la pente et l’orientation plein Sud, la distance au réseau électrique... Derrière les aspects juridiques, financiers, techniques, fiscaux et administratifs, c’est un véritable exercice collectif auquel se livrent les agriculteurs, où les stratégies d’entreprise doivent à la fois concourir à la rentabilité du projet et en bénéficier.
Les agriculteurs font le choix de la mutualisation des charges et des produits au travers d’une SAS (société par actions simplifiée). «Par exemple, expliquent Fabrice Prévotat et Franck Séguinier, on a mutualisé les coûts de raccordement, qui sont pris en charge par la SAS, pour ne pas pénaliser les agriculteurs dont les sites sont les plus éloignés des transformateurs... On a quand même du fixer un seuil à 20000 euros pour 100kWc, pour ne pas plomber la rentabilité du projet. On a toujours cet équilibre fin à trouver: qu’est-ce qu’on mutualise? En fonction de quel seuil de rentabilité ?» Ces compromis ont progressivement resseré le cercle des candidats autour de ceux pour lesquels le projet avait le plus de plus-value, une quinzaine d’exploitants ou associés de tous âges: Didier Barillot, Claude Blaise, Benoît Blandin, Vincent Giraud, Philippe et Ludovic Guyard, Jean-Michel Morle, Jean-Philippe Morle, François Mouron, Nicolas Pechery, Fabrice Prévotat, Didier Ramet, Guillaume Sansoit, Franck Séguinier et Thierry Vernillat.
La mutualisation permet de sécuriser le projet, d’augmenter les capacités d’emprunt des plus jeunes, de rassurer les banques dans une certaine mesure, de négocier le prix du bâtiment-type auprès du constructeur.
La Chambre d’Agriculture en accompagnemet
«Un individu seul a rarement la capacité à gérer, coordonner et pousser jusqu’au bout un projet de cette ampleur. Cela demande beaucoup d’énergie, de persévérance. Si on y était allé chacun de notre côté, ce ne sont pas 14, mais 4 ou 5 projets qui auraient abouti» conclut Didier Rameix, président de la société. Etienne Bourgy, chargé de projet Energies, biomasse et agroforesterie à la Chambre d’Agriculture de la Nièvre, a assuré le conseil et la coordination des différents aspects du projet (technique, administratif, réglementaire...) depuis ses débuts. «Mon rôle est d’accompagner la mise en place du fonctionnement de la SAS, puis l’élaboration et le suivi du business plan avec les partenaires, de rappeller au groupe les échéances, le permis de construire, le notaire, le dossier d’appel d’offre ou la déclaration de chantier... Les compétences technico-économiques et financières du Crédit Agricole ont également été précieuses, pour consolider le business plan, calculer le retour des dividendes, les courbes de trésorerie... Il faut dire que la SAS doit fonctionner 30 ans. Dans d’autres secteurs, la SAS est très utilisée; à la fois souple et efficace, notamment pour lever des fonds, elle commence à arriver en agriculture. On parle souvent de la rentabilité du projet photovoltaïque poursuit Etienne, mais il faut aussi ajouter la valeur ajoutée qui pourra être dégagée par ce type de bâtiment dans le fonctionnement de l’entreprise».
Le photovoltaïque finance le bâtiment
Les sociétaires escomptent 25% de remise de charge en moyenne les 15 premières années pour le bâtiment équipé de photovoltaïque, en comparaison d’un bâtiment non équipé. «Les 6 premières années on paiera en moyenne 10% d’annuités en moins par rapport à un projet sans photovoltaïque note Fabrice, car nous avons seulement deux types de bâtiments: un modèle stabulation et un modèle stockage pour tout le groupe».
De la 7ème à la 15ème année, la société pourra reverser quelques dividendes et réduira ainsi d’une quinzaine de pourcent l’annuité pour les associés. De la 16ème à la 20ème année, le système remboursera le capital initial aux agriculteurs. «Dans le pire des scénarios, on ne fait que rembourser le bâtiment» envisage Franck, «mais on est confiants, les projets que nous sommes allés voir dans l’Indre ou le Cher ont des taux de rentabilité supérieurs aux prévisionnels». Reste à charge de l’exploitant en direct l’aménagement intérieur, par ailleurs éligible au plan bâtiment.
La SAS a contractualisé le prix de rachat sur le long terme avec l’État via la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) sur appel d’offre à 12,99 cts le kW/h, EDF ENR fournissant les panneaux. «Notre EARL a choisi un bâtiment de 75m de long et 28 m de large d’une puissance de 240kW, explique Fabrice, qui devrait génèrer environ 260 000 kwh par an. L’expérience a montré que la prodution est finalement assez stable d’une année sur l’autre, même si la luminosité est décevante à certaines périodes de l’année. L’avantage de nos bâtiments, c’est que la couverture et l’étanchéïté est assurée par des bacs acier, les panneaux photovoltaïques sont simplement fixés dessus, la connectique passe à l’extérieur, c’est très important compte-tenu du risque incendie qu’on a avec le fourrage en dessous».
Cette démarche est un réel «projet de carrière» pour les agriculteurs, «un projet d’exploitation, qui représente un gros engagement financier mais qui a un vrai sens pour nos fermes, sur le long terme».
C’est tous ensemble, alors qu’ils ne se connaissaient pas il y a deux ans, que les 14 agriculteurs, unis au sein d’une SAS, dessinent les contours du projet.
Une aventure technique et humaine
Des jeunes agriculteurs de Château-Chinon réfléchissaient déjà, il y a une dizaine d’années, à un projet de photovoltaïque. Mais les coûts importants des bâtiments, conjugués à la baisse des prix de rachat de l’énergie, dissuadent le petit groupe. Comment concrétiser un projet dont les investissements sont supérieurs aux capitaux de l’exploitation?
C’est en 2014 que le projet prend forme, sous l’impulsion de Fabienne Cardot, élue municipale à Corbigny et directrice Développement chez EDF. À ce moment là, l’ingénierie des Chambres d’Agriculture sur ce type de projet est robuste, les projets antérieurs menés dans les départements voisins ont apporté leurs enseignements. «Cela n’a pas été évident au départ, témoigne Franck Seguinier, car notre première réponse à appel d’offre a été retoquée, nous n’étions pas compétitifs en termes de prix de rachat, face à des projets d’autres secteurs et d’autres régions, comme la Provence-Alpes-Côte d’Azur qui a un ensoleillement bien supérieur». Le projet réussira à sortit son épingle du jeu suite à la COP21, dans un nouvel appel d’offre dédié exclusivement au secteur agricole en juillet dernier.
Plusieurs critères sont définis pour pouvoir rentrer dans la démarche: le besoin de bâtiment, la capacité de financement, les critères techniques comme la pente et l’orientation plein Sud, la distance au réseau électrique... Derrière les aspects juridiques, financiers, techniques, fiscaux et administratifs, c’est un véritable exercice collectif auquel se livrent les agriculteurs, où les stratégies d’entreprise doivent à la fois concourir à la rentabilité du projet et en bénéficier.
Les agriculteurs font le choix de la mutualisation des charges et des produits au travers d’une SAS (société par actions simplifiée). «Par exemple, expliquent Fabrice Prévotat et Franck Séguinier, on a mutualisé les coûts de raccordement, qui sont pris en charge par la SAS, pour ne pas pénaliser les agriculteurs dont les sites sont les plus éloignés des transformateurs... On a quand même du fixer un seuil à 20000 euros pour 100kWc, pour ne pas plomber la rentabilité du projet. On a toujours cet équilibre fin à trouver: qu’est-ce qu’on mutualise? En fonction de quel seuil de rentabilité ?» Ces compromis ont progressivement resseré le cercle des candidats autour de ceux pour lesquels le projet avait le plus de plus-value, une quinzaine d’exploitants ou associés de tous âges: Didier Barillot, Claude Blaise, Benoît Blandin, Vincent Giraud, Philippe et Ludovic Guyard, Jean-Michel Morle, Jean-Philippe Morle, François Mouron, Nicolas Pechery, Fabrice Prévotat, Didier Ramet, Guillaume Sansoit, Franck Séguinier et Thierry Vernillat.
La mutualisation permet de sécuriser le projet, d’augmenter les capacités d’emprunt des plus jeunes, de rassurer les banques dans une certaine mesure, de négocier le prix du bâtiment-type auprès du constructeur.
La Chambre d’Agriculture en accompagnemet
«Un individu seul a rarement la capacité à gérer, coordonner et pousser jusqu’au bout un projet de cette ampleur. Cela demande beaucoup d’énergie, de persévérance. Si on y était allé chacun de notre côté, ce ne sont pas 14, mais 4 ou 5 projets qui auraient abouti» conclut Didier Rameix, président de la société. Etienne Bourgy, chargé de projet Energies, biomasse et agroforesterie à la Chambre d’Agriculture de la Nièvre, a assuré le conseil et la coordination des différents aspects du projet (technique, administratif, réglementaire...) depuis ses débuts. «Mon rôle est d’accompagner la mise en place du fonctionnement de la SAS, puis l’élaboration et le suivi du business plan avec les partenaires, de rappeller au groupe les échéances, le permis de construire, le notaire, le dossier d’appel d’offre ou la déclaration de chantier... Les compétences technico-économiques et financières du Crédit Agricole ont également été précieuses, pour consolider le business plan, calculer le retour des dividendes, les courbes de trésorerie... Il faut dire que la SAS doit fonctionner 30 ans. Dans d’autres secteurs, la SAS est très utilisée; à la fois souple et efficace, notamment pour lever des fonds, elle commence à arriver en agriculture. On parle souvent de la rentabilité du projet photovoltaïque poursuit Etienne, mais il faut aussi ajouter la valeur ajoutée qui pourra être dégagée par ce type de bâtiment dans le fonctionnement de l’entreprise».
Le photovoltaïque finance le bâtiment
Les sociétaires escomptent 25% de remise de charge en moyenne les 15 premières années pour le bâtiment équipé de photovoltaïque, en comparaison d’un bâtiment non équipé. «Les 6 premières années on paiera en moyenne 10% d’annuités en moins par rapport à un projet sans photovoltaïque note Fabrice, car nous avons seulement deux types de bâtiments: un modèle stabulation et un modèle stockage pour tout le groupe».
De la 7ème à la 15ème année, la société pourra reverser quelques dividendes et réduira ainsi d’une quinzaine de pourcent l’annuité pour les associés. De la 16ème à la 20ème année, le système remboursera le capital initial aux agriculteurs. «Dans le pire des scénarios, on ne fait que rembourser le bâtiment» envisage Franck, «mais on est confiants, les projets que nous sommes allés voir dans l’Indre ou le Cher ont des taux de rentabilité supérieurs aux prévisionnels». Reste à charge de l’exploitant en direct l’aménagement intérieur, par ailleurs éligible au plan bâtiment.
La SAS a contractualisé le prix de rachat sur le long terme avec l’État via la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) sur appel d’offre à 12,99 cts le kW/h, EDF ENR fournissant les panneaux. «Notre EARL a choisi un bâtiment de 75m de long et 28 m de large d’une puissance de 240kW, explique Fabrice, qui devrait génèrer environ 260 000 kwh par an. L’expérience a montré que la prodution est finalement assez stable d’une année sur l’autre, même si la luminosité est décevante à certaines périodes de l’année. L’avantage de nos bâtiments, c’est que la couverture et l’étanchéïté est assurée par des bacs acier, les panneaux photovoltaïques sont simplement fixés dessus, la connectique passe à l’extérieur, c’est très important compte-tenu du risque incendie qu’on a avec le fourrage en dessous».
Cette démarche est un réel «projet de carrière» pour les agriculteurs, «un projet d’exploitation, qui représente un gros engagement financier mais qui a un vrai sens pour nos fermes, sur le long terme».