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Espèces, implantation, conduite et récolte des légumineuses

Exigeantes mais payantes

La dernière rencontre autour de la culture des légumineuses s’est déroulée à Rouy au Gaec des fourmis, chez Pierre et Guillaume Herbemont. Une exploitation qui utilise des mélanges prairiaux dans ses prairies temporaires et produit du trèfle violet en semence et sous contrat.
Par Anne-Marie Klein
Exigeantes mais payantes
Dernier volet des rencontres organisées par la Chambre d’agriculture autour des légumineuses, l’exploitation de Pierre et Guillaume Herbemont à Rouy, au lieu dit Servandet. Sur cette exploitation en polyculture élevage sur deux sites, le taux de chargement conduit à implanter des prairies temporaires riches en légumineuses. Sur les 26 ha de prairies temporaires sont implantés en ray grass d’Italie (pendant
5 ans), dactyle + ray grass hybride + ray grass anglais + trèfle banc. 9,7 ha sont destinés à la production sous contrat de trèfle violet en semence.
Les différents sites géographiques choisis reflètent ainsi, comme en témoigne Francis Bougarel, conseiller technique à la Chambre d’agriculture à Corbigny, la grande diversité des territoires nivernais. Avec des utilisations et des pratiques diversifiées elles aussi, concernant l’introduction, le choix des espèces et les pratiques. Certains ont opté pour le semis sous couvert de printemps, d’autres font pâturer la troisième coupe, un autre encore produit des semences... Mais tous apprécient les avantages économiques et agronomiques de cultures qui s’avèrent à l’usage contribuer à la sécurisation et à une meilleure robustesse de leur système d’exploitation.

Éleveurs et céréaliers y trouvent leur compte
Ces différentes configurations montrent bien, comme lors de la première journée «Osez les légumineuses» consacrée au sujet, qu’il n’y a pas de recettes toutes faites. Tout est affaire d’adaptation, en fonction du système d’exploitation, des besoins de l’exploitant et de l’environnement pédo-climatique. Les exploitations de polyculture-élevage, comme les exploitations céréalières, peuvent y trouver leur content, car d’un côté, l’apport de légumineuses permet de limiter les aliments à base de concentrés azotés tout en fournissant fourrage et pâturage complémentaire ; tandis que de l’autre côté, les légumineuses profitent aux sols, permettent une diversification des cultures, assurent un bon niveau de reliquats azotés et au final, peuvent constituer une bonne tête de rotation pour les céréales à paille. Cerise sur le gâteau, toutes les légumineuses sont plus ou moins attractives pour les pollinisateurs, abeilles en première ligne et fournissent pollen et nectar, contrairement aux céréales à paille qui dominent les systèmes de grandes cultures.
Les trois demi-journées organisées par la Chambre d’agriculture ont donc permis d’insister sur les bonnes pratiques qui doivent impérativement accompagner l’introduction des légumineuses. Car il faut être vigilant comme le souligne Francis Bougarel sur le choix des espèces et le travail du sol pour l’implantation. A la récolte aussi la vigilance s’impose si l’on veut conserver un maximum de feuilles. Ces précautions prises, les bénéfices sur les plans agronomique et économique sont évidents. Si certains objectent que leur introduction est coûteuse, il faut en apprécier les effets positifs à l’échelle globale de l’exploitation. On peut aussi prétendre à l’aide légumineuses fourragères (à condition d’introduire plus de 50% de légumineuses dans les mélanges prairiaux). Cette aide couvre pour une large part le coût des semences.

Réussir l’implantation et la récolte

La mise en œuvre des légumineuses est plus complexe qu’on ne le pense. Les graines sont très petites et donc plus difficile à lever. Cela impose une préparation du sol très soigneuse, très fine. Mieux vaut un semis précoce sur sol bien rappuyé et plat pour semer à un cm  précisément. Les expérimentations menées dans les différentes régions renseignent sur les conditions d’implantation, les espèces et les variétés les mieux adaptées à l’environnement. En tout premier lieu, il faut se poser la question de la destination de la culture : fauche, ensilage... Les légumineuses produisent beaucoup de biomasse, il ne faut pas faire l’impasse sur l’apport en phosphore, magnésie, soufre. Eviter aussi les carences en mobdylène et bore. La récolte réclame une attention particulière pour déterminer le bon stade, le mode de récolte et préserver le feuillage. Les teneurs en protéines sont dépendantes du stade de récolte. Quand décider de faucher la première coupe ? Une nécessité : trouver le bon compromis entre la teneur en protéines et le niveau énergétique. Le maître mot c’est la réactivité pour déterminer la bonne fenêtre de tir. Pour la suite, il s’agit d’adapter le mode de récolte au stade des légumineuses, sachant  qu’il est important de préserver les feuilles lors de la récolte, car elles concentrent l’essentiel des protéines...