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Agriculture biologique

Des marchés toujours en progression

La consommation de produits issus de l’agriculture biologique est en constante augmentation. Une sécurité certaine pour les 170 fermes nivernaises engagées dans ce mode de production, dont un tiers des surfaces sont en conversion. Pourtant, celles-ci pourraient bien être fragilisées notamment car les aides 2015 à la conversion et au maintien n’ont toujours pas été versées... Tour d’horizon avec le Gabni (Groupement des AgroBiologistes de la NIèvre) qui tenait son Assemblée Générale le 16 février.
Par Lucie Lecointe
Des marchés toujours en progression
Forte participation pour l’AG du GABNI au lycée de Challuy, autour d’un repas bio cuisiné par l’établissement
L’agriculture biologique dans la Nièvre est en progression forte. Au 31 décembre 2016, plus de 4300 hectares étaient ainsi en conversion. Depuis 2015 on compte 53 nouvelles fermes bio.
Au total, la Nièvre compte 170 fermes bio, qui représentent 5% des exploitations du département et  3% de sa SAU. La moitié des fermes bio sont des exploitations d’élevage et de polyculture élevage. Plus d’une sur six est en grandes cultures, de même pour le maraîchage.
La filière élevage a manqué de volumes en 2016 du fait d’une croissance importante de la demande en produits carnés biologiques. En effet, le système de production nivernais fournissant le plus souvent des animaux maigres, difficilement commercialisés sous label AB, la question de l’engraissement reste centrale, car il dépend encore très fortement de la qualité des récoltes de l’année.

Un marché qui tire...
Selon une enquête CSA/Agence bio 2015, 65% des français déclarent être des consommateurs réguliers de produits bio, dont 10% des consommateurs journaliers. «La consommation de produits bio progresse très fortement, 15% en 2015 et 20% en 2016, si bien que la France importe encore un quart des produits bio qu’elle consomme. Nous avons un marché qui tire» explique Xavier Niaux, Président du Gabni. Cette demande forte, conjuguée aux attentes sociétales (favoriser les circuits courts, intégrer les préoccupations environnementales dans ses choix de consommation, notamment) et l’état du marché conventionnel (prix faibles en céréales et viande) ont favorisé la multiplication des projets de conversion depuis deux ans.

... mais des aides qui tardent
«Les producteurs s’étant engagés depuis 2015 n’ont toujours pas touché la totalité des aides à la conversion et au maintien 2015! Et les dossiers 2016 ne seront pas instruits avant les versements 2015...» s’alarme Xavier Niaux. «Ces aides, qui doivent accompagner le changement d’habitudes, de façons de travailler, de matériel aussi, étaient intégrées dans les prévisionnels». De plus, le plafond a été divisé par deux en 2016, suite à l’engagement de 16000 ha en conversion, contre une estimation de 9 000 ha. Ainsi, les agriculteurs s’étant engagés sur la Pac 2015 ont vu le montant maximal de leurs aides divisé par deux, plus d’un an après leur engagement. «Cela met nos fermes en difficulté» conclut Xavier Niaux.


Trouver la cohérence de son système en valorisant chaque atelier
Denis Lurier et son frère François, installés en Gaec à Colméry sur une ferme de polyculture-élevage, ont converti les 450 hectares de céréales en bio il y une dizaine d’années. Aujourd’hui, aidés d’un salarié, ils sont cinq à en vivre à temps plein, Valentin les ayant rejoint en tant qu’associé, et Maxime s’apprêtant à faire de même.

- Qu’est-ce qui a motivé la conversion au mode de production biologique?
«Depuis le début, nous ne connaissions que l’agriculture conventionnelle. À la quarantaine, on s’est sentis de moins en moins à l’aise, on voulait changer notre façon de pratiquer l’agriculture. C’est moi qui pulvérisais les produits sur les céréales, et, conscient du risque pour notre santé, je ne supportais plus de traiter. Par le hasard des rencontres nous nous sommes aperçus que la production biologique était tout à fait envisageable sur de vastes surfaces. De plus, espérant l’arrivée de nos enfants sur l’exploitation, on a ressenti la nécessité d’expérimenter avant leur venue le passage à l’agriculture biologique».

- 450 hectares d’un coup, c’est risqué
«On a tout passé en bio en une fois, cela semblait plus logique. Ce qui a été utile dans notre cas, ça a été les deux ans de réflexion subie qu’on a eus pour se préparer. En effet nous étions engagés dans un CTE (contrat territorial d’exploitation) et ne pouvant nous convertir avant son terme, nous avons pu mûrir le projet, notamment en rencontrant d’autres agriculteurs en bio. À l’époque on a bénéficié d’aides à hauteur de 38 hectares par associés, soit 76 hectares aidés sur nos 450... On s’est donc beaucoup plus appuyés sur la technique que sur les aides ! Pendant les deux ans de conversion, nous avons eu la chance de bien valoriser notre production auprès des fabricants d’alimentation animale».

- Quels changements de pratiques emblématiques avez-vous opérés, pour les cultures et pour l’élevage?
«On a mis en place une vraie rotation. On était polyculteur-éleveurs mais on n’en tirait pas parti: on avait toujours les mêmes parcelles en cultures et les autres en herbe. On a donc fait des rotations entre les prairies et les céréales, tout en diversifiant l’assolement (une quinzaine de cultures différentes aujourd’hui).
Plus tard, on a développé un atelier de volailles en vente directe ainsi qu’une petite huilerie pour la valorisation des oléagineux (colza, tournesol, cameline), le tout pour construire un système cohérent. Les tourteaux sont utilisés en alimentation animale (bovins et volailles), les fumiers pour les céréales et les fientes pour les crucifères.
Pour l’atelier bovin viande, nous peinons à trouver une marge correcte, les coûts de production sont élevés et les plus-values sur les ventes sont faibles. Nous essayons de tirer au maximum parti de l’herbe, et des issues de triage de céréales pour baisser la part de matières nobles dans la ration».

- Que tirez-vous de ces dix ans d’expérience en bio ?
«Côté pratiques agricoles, même si au quotidien tout est plus compliqué, on a vraiment découvert le plaisir de produire en sachant que nos productions servent exclusivement à l’alimentation. Même pour les gros volumes, nous sommes en contact direct avec les transformateurs et les distributeurs. Au Gaec, nous avons recherché cette proximité qui nous permet aujourd’hui de connaître le circuit de transformation et de distribution de nos produits.
Côté économique, notre exploitation est rentable. Même si 2016 restera une mauvaise campagne, nous sommes mieux protégés des aléas qu’ils soient climatiques ou économiques : des cultures moins poussées, un niveau de charges plus bas... Cependant, le fait de passer de trois personnes à cinq reste un vrai challenge d’autant que, comme en conventionnel, nous sommes en partie dépendants des aides PAC et à la merci de décisions politiques pas toujours honorées, qui peuvent en peu de temps bouleverser un équilibre financier. Pour conclure, pour ceux qui seraient tentés comme nous à l’époque, par l’aventure du bio, je les encourage. Mais c’est un tel changement, une telle remise en question de sa façon de travailler, qu’il faut être solide dans sa volonté et y croire pour réussir techniquement».