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Agriculteur et écrivain

Claude Herbiet, le passeur de mémoire

Un travail de «thérapie par la parole» : c’est ainsi que Claude Herbiet considère son activité d’écrivain. Agriculteur à la retraite, il a déjà publié une dizaine d’ouvrages dont le dernier en date, «Mauvais jours et bons moments» relate des récits de guerre mais aussi de paix dans le monde paysan.
Par Céline Clément
Claude Herbiet, le passeur de mémoire
Claude Herbiet publie un dixième livre «Mauvais jours et bons moments», dans lequel il livre chroniques de guerre et du monde paysan.
Claude Herbiet est ce qu’on appelle un «passeur de mémoire». Depuis bientôt vingt ans, il collecte les récits de guerre de camarades qui ont «vécu l’histoire». Guerre d’Algérie, Guerre de 1939-1945...des récits poignants que Claude Herbiet a souhaité sauver de l’oubli. «Je leur fais un bien fou en purgeant la mémoire. Ce qui m’intéresse c’est de lever le voile, de témoigner. La guerre c’est quelque chose de dramatique et chaque génération oublie que leurs parents ont vécu une guerre.» Claude Herbiet milite pour raconter «l’histoire à la source» grâce aux témoignages d’acteurs qui ont été au plus près de la réalité de la guerre. Lui-même, enfant, a connu l’exode durant la seconde guerre mondiale. Originaire des Ardennes, il fuit son pays natal avec ses parents à l’âge de huit ans pour regagner les Deux-Sèvres. Cet épisode douloureux lui laissera une empreinte à vie.
Plus tard, en 1956, il fait partie des «rappelés» de la guerre d’Algérie. De cette période il garde des souvenirs vivaces et tire une grande lucidité. «Il y a des bons et des mauvais souvenirs. Certes il y a de la solidarité mais il ne faut pas s’en gargariser. La guerre révèle aussi les mauvais instincts.» Ainsi se souvient-il de certains appelés qui «l’arme à la main, n’ont pas hésité à commettre des viols».
Les récits qu’il retranscrit en témoignent. «Certains ont pleuré en me racontant ce qu’ils avaient vécu. C’est pour cela que j’ai écrit un livre intitulé ‘Ni héros, ni salauds’».

Un travail de chercheur
Le travail de Claude Herbiet n’est pas bien loin de celui du chercheur ou du documentaliste. Beaucoup d’écoute et de rigueur lui sont nécessaires. Mais aussi tout un travail de vérification afin de recouper les informations, parfois altérées par la mémoire, qu’on lui livre. Son goût pour l’écriture -il a déjà rédigé dix ouvrages où il traite de ses deux sujets de prédilection, la guerre et le monde paysan- remonte à l’année 1999. Atteint d’une maladie de Horton atypique qui lui fait perdre une bonne partie de ses capacités visuelles, il est contraint d’arrêter la photographie, sa passion de toujours. A la retraite il se retrouve alors inactif et se demande ce qu’il peut bien faire pour s’occuper. «J’avais participé à la guerre d’Algérie mais aussi assisté aux deux premières guerres mondiales. J’avais connu l’exode avec ma famille durant la seconde guerre. Et j’ai toujours aimé écrire. A l’école j’adorais le français, les rédactions. L’idée m’est donc venue de me lancer dans l’écriture avec une grosse plume noire. Et c’est tout naturellement que j’ai souhaité écrire sur la période des rappelés de la guerre d’Algérie, période que j’avais vécu avec d’autres camarades.» Il réalise alors son premier travail de «collecteur de témoignages». Il recueille une cinquantaine de récits pour les retranscrire le plus fidèlement possible à l’écrit. Il ajoute à ce travail de rédaction les nombreuses photos prises en Afrique du Nord.
En 2000 il publie son premier livre sous le titre «Malgré tout, les pérégrinations d’un rappelé de 1956» aux éditions L’Harmattan. S’ensuivront neuf autre livres en un peu plus de dix ans. Tous sont des ouvrages issus de témoignages d’anciens combattants, sauf un récit de fiction inspiré de la bataille de Solferino.

De la guerre à l’agriculture
Son dernier ouvrage «Mauvais jours et bons moments» est paru en mai 2016. «Sans doute le dernier», nous glisse Claude dans un sourire. Non pas que la passion faiblisse, mais le travail d’écoute et de retranscription qu’il nécessite s’avère fatiguant pour cet ancien agriculteur de la Puisaye. «Je me sens diminué, c’est très fatiguant de chercher, de recueillir, de contrôler.» Dans cet ouvrage il livre le récit de trois déportés durant la seconde guerre mondiale. Dans un style concis, bref et sans fioritures qui laisse peu de place à l’imagination, seulement à la réalité sombre de l’histoire. La deuxième moitié du livre est quant à elle consacrée à des chroniques du monde paysan. De ce monde dans lequel il a baigné durant toute sa vie – il prendra sa retraite en 1992 à l’âge de 60 ans- il tire de bons et de  moins bons souvenirs. «Pour nous éleveurs laitiers dans La Puisaye, le quotidien était dur et sale. La nostalgie c’est pour les ruraux qui n’ont pas connu le métier. Nous il fallait voir dans quelles conditions on travaillait. Le battage c’était la poussière, la sueur, la chaleur. J’ai pris ma première douche à 18 ans.» Et puis il y a les dernières années de travail, «des mauvais jours qui ont pesé lourd». «Années de pluie et de sécheresse où l’on attendait plus que la retraite».
Claude garde toutefois de meilleurs souvenirs : ceux des fêtes rurales, de cette solidarité unique au monde paysan et des transitions révolutionnaires qu’il a connu. Ainsi le passage de la traction animale à la traction mécanique, «une évolution unique dans l’humanité, un confort supplémentaire qui évitera aux agriculteurs tant de peine et de saleté.» Tout un passé que Claude Herbiet a transformé en histoire au fil des pages. De la petite à la grande il n’y a qu’un pas.


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