Accès au contenu
Nuit de l’agro-écologie

Au CFPPA du Morvan, aussi  !

Alors que le soleil avait décidé de pointer le bout de son nez, permettant aux agriculteurs de faire enfin les foins, un débat citoyen a été organisé, jeudi 23 juin en soirée, à Château-Chinon, dans le cadre du dispositif national «Nuit de l’agro-écologie». Peu de participants mais des échanges de grande qualité.
Par Emmanuel Coulombeix
Au CFPPA du Morvan, aussi   !
Une partie des intervenants et des participants à la Nuit de l’agro-écologie, le 23 juin en soirée, au CFPPA du Morvan.
Dans tous les départements français, le 23 juin a été choisi par Stéphane Le Foll pour organiser des animations diverses et variées dans le cadre de la Nuit de l’agro-écologie. En moins de trois semaines, compte tenu des directives du ministère, les établissements qui souhaitaient s’associer à la démarche ont dû lancer les invitations et concevoir les actions.
Dans la Nièvre, la seule initiative de ce type est partie du CFPPA du Morvan, à Château-Chinon, où un débat citoyen était organisé, jeudi dernier, en fin de soirée. Estelle Thiébaut, la directrice, et son équipe, avaient invité deux agriculteurs nivernais engagés dans démarches agro-écologiques à venir témoigner. Louis Mathé, stagiaire au CFPPA, fils de l’agriculteur de Baye Benoît Mathé, et président de la section Grandes cultures des JA 58, a tout d’abord expliqué, diaporama à l’appui, ce qu’est le semis direct.
Une technique qu’il pratique avec son père sur une partie des parcelles de l’exploitation familiale, grâce à un disque pour le petit sillon et un semoir traditionnel. «Meilleur respect du sol et de sa vie biologique»  : ainsi a-t-il résumé l’atout de la méthode, encore assez peu usitée dans le département. Louis Mathé a notamment expliqué qu’avec «plus de vers, plus de bactéries, plus de matières organiques, l’eau est mieux stockée et descend mieux, qu’il y a moins besoin de main d’oeuvre puisqu’il y a moins de passages, mais qu’il y a aussi des limites, notamment les 3 à 5 premières année de conversion, avec des désherbages plus compliqués, des rendements temporairement moindres et une lutte plus difficiles contre les limaces et les rongeurs mais aussi des investissements plus coûteux et des techniques d’application différentes des différents engrais»... Pour conclure, le jeune agriculteur a estimé que c’est tout le système de production qu’il faut repenser   : «il est indispensable de connaître son sol, d’adapter les pratiques, par exemple en passant du labour au semis direct avec une transition par les Techniques culturales simplifiées (TCS)».

Triple dimension
Avant un film vidéo de la Chambre régionale d’agriculture sur les bénéfices de la valorisation des haies, c’est Jean-Paul Loisy, polyculteur-éleveur et fromager bio à Rouy, qui a témoigné de la diversité et des atouts de ses pratiques, multiples et innovantes, sur sa ferme. Séchage en grange, converti au bio pour ses jersiaises et prim’holstein depuis 2007, changement d’assolement avec le remplacement du maïs par des prairies temporaires multi-espèces (méteil) avec 4 à 5 coupes par an, forage pour supprimer les achats d’eau et de produits, il a justifié ses efforts par la volonté de «réduire les charges et de trouver plus d’autonomie alimentaire et énergétique sur l’exploitation». Et avec ce crédo, il a, jeudi soir, été invité à dévoiler sa stratégie en matière de valorisation de ses haies. Depuis 2009, une chaudière à bois déchiqueté a remplacé le fuel, à la ferme, «à la fois pour chauffer la maison et la fromagerie».
La ferme du Val d’Osseux dispose en effet de plus de 2 km de berges, le long des cours d’eau, dans un parcellaire, il est vrai, dispersé. «Les arbres, aulnes et saules en majorité, finissent par tomber si on ne les entretient pas!» De quoi faire d’une pierre deux coups. Il passe par la Cuma Terr’eau pour le déchiquetage et stocke les plaquettes dans une case spécialement aménagée. Et le plan de gestion du bois, réalisé avec l’ONF, lui permet de savoir comment gérer et valoriser ses arbres, à échéance immédiate, d’un an, de 5 ans ou de 10 ans. Résultat gagnant puisque Jean-Paul Loisy confie faire environ 275 euros d’économies d’énergie par mois. Avec un retour sur investissement (la chaudière) record de 3,2 années. Sans masquer les inconvénients : l’entretien (épareuse), le temps sur le tracteur (3 semaines) pour mettre les haies au carré, mais le sentiment de pouvoir transmettre aux générations futures un patrimoine naturel extraordinaire. Ces deux exemples n’ont pas défini ce qu’est l’agro-écologie, terme à la mode mais recouvrant tellement de réalités.
En introduction,  Frédéric Guyot, le directeur du lycée du Morvan, avait tenté d’en définir les contours : «ce n’est pas une vision écologique de l’agriculture, qui met tout sous cloche pour ne pas toucher aux petites fleurs. Cela s’appuie sur 3 concepts essentiels : une dimension environnementale avec des agriculteurs qui s’appuient sur l’exploitation de la nature, de la ressource, en se posant la question de la vie des sols et de la biodiversité pour un changement des pratiques à 20 ou 30 ans   ; une dimension sociale avec l’idée que l’agriculture doit rester une satisfaction et un plaisir mais sans se détruire la santé sur la ferme et avec à l’esprit celle de transmettre l’exploitation   ; et enfin une dimension économique pour que nos exploitations restent rentables et que les modèles économiques restent viables et dégagent des revenus!» L’évolution des réflexions professionnelles est à ce prix.